Un zoo à ciel ouvert

Edito

Par Jean Poletti

L’inde a ses vaches sacrées. La Thaïlande les singes. Et nous ? Avec les espèces endémiques et celles qui procèdent de la génération spontanée, la liste s’allonge et s’étoffe de plumes et de poils.

Dans ce bestiaire qui prolifère du Cap a Bonifacio, le bétail en divagation a les sabots sur la plus haute marche du podium. Les cheptels déambulent dans les vignes et vergers. Lorsqu’ils n’élisent pas domicile sur les routes, disputant la chaussée aux automobilistes. Provoquant des collisions, parfois dramatiques entre les bêtes à corne et les conducteurs de chevaux vapeurs. Tragique conséquence, les bovins sont désormais victimes de safaris, sacrifiés sur l’autel du laxisme de leurs propriétaires. Macadam cow-boy in Corsica !

Mais voilà qu’arrive à tire d’aile le redoutable moustique tigre porteur de la dengue et du chikungunya. En ce bel été qui s’annonce, il ne se pique vraisemblablement pas de la beauté de nos sites. Sans doute est-il plus alléché par les éventuelles proies, qu’elles soient autochtones ou touristiques. Pour le volatile tout fera ventre. Nulle distinction n’est de mise entre girondins, jacobins, indépendantistes, républicains, résidents ou visiteurs.

Aléas du monde moderne ? Pas toujours. Ainsi, dans les cités et les villages les rats prolifèrent. Les poubelles qui s’amoncellent sont de généreux garde-mangers ou ils puisent à satiété. Voilà revisitée, mais amputé d’humour, la célèbre fable des rats des villes et des rats des champs. Là aussi finie la distinction, ils sont partout !

Dans la cité impériale, c’est Austerlitz pour les sangliers. Ils ont conquis de haute lutte les Sanguinaires, et gambadent sur la chaussée quand ils ne se faufilent pas subrepticement dans les propriétés en quête de friandises. Sans doute animés de velléités expansives, certains téméraires montrent déjà leurs groins dans d’autres quartiers, alléchés par des promesses de copieuses agapes. Ils aiment sans doute les glands, mais à l’évidence n’en sont pas. Tope la patte, frère de laie. Et cochon qui s’en dédie !

Si les zoologues promenaient leurs guêtres dans l’ile ils trouveraient matière à noircir leurs cahiers de réflexions. Ici s’offrirait à leur curiosité intellectuelle une terre d’exploration conjuguant allègrement une flore originale, et surtout une faune aux caractéristiques nouvelles, qui confine à l’évolution des espèces.

Ces doctes chercheurs écarquilleraient les yeux en apercevant, par exemple, des goélands évoluer avec grâce dans l’azur du Niolu. L’étonnement ne serait pas moindre en décelant la présence dans le Haut-Taravu et autre royaumes des pics éthérés de mouettes virevoltantes. Contrairement à la chanson, Mickonos n’est plus leur lieu de prédilection. Pis encore, à contre-courant de l’exode rural humain ces oiseaux abandonnent le bord de mer pour découvrir, comme l’aurait dit Rousseau, l’influence bienfaisante de la montagne. Mais les raisons, là encore, ne sont pas bucoliques. Tant s’en faut. Les considérations sont plus terre à terre si l’on peut dire. Dans ces microrégions se multiplient de vastes décharges sauvages. Autant de dépotoirs constitués de déchets domestiques et détritus de repas, qui sont pour ces oiseaux marins de véritables festins. Et cela les incite à nicher dans l’intérieur. En laissant comme dirait l’autre la plage aux romantiques.

Ces nouvelles habitudes animalières paraphent la faillite de la protection de la nature. Incivisme des particuliers, politiques déficientes, intérêts financiers, et carence des stratégies publiques sont à mettre dans le même sac. Qui n’est pas bio dégradable! Et n’oublions pas qu’un seul préfet est passé à la postérité. Il s’appelait Eugene Poubelle, et fut l’initiateur, voilà près de deux siècles, du tri sélectif !

 

 

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