Tara Matthews : La Corse sur la peau


Propos recueillis par Anne-Catherine Mendes

Tara, créatrice indo-britannique, respire les embruns méditerranéens. Pétillante, chaleureuse et ouverte au monde, elle aime le soleil, les vacances au bord de l’eau, le farniente sur le sable chaud… De ses origines à son parcours de globe-trotter, elle est toujours accompagnée par la terre de ses vacances d’enfants, imprégnée d’une Corse gorgée de lumière et de couleurs. Elle porte en elle tous les métissages de sa famille, leur esprit curieux, leur passion pour les arts et l’attrait pour les grands espaces.

Tara m’accueille, une tasse de thé à la main, il pleut dans la baie de Porticcio, comme si Londres nous avait rejointes. Un grand sourire encadre son visage typé, même si une petite blessure au genou l’oblige à rester assise sur son canapé, elle qui parcourt le monde depuis si longtemps. Portrait d’une Anglaise sous les oliviers.

Quel est le début de l’aventure ?

Je suis née en Inde d’une mère indienne et d’un père britannique, diplomate aux Nations Unies. J’ai vécu au gré des nominations professionnelles de mon père, en Afrique, en Europe, aux États-Unis, au Bhoutan mais la Corse reste mon point d’ancrage. Mes parents ont acheté dans les années 70, une petite maison à Porticcio, près d’Ajaccio, nous y avons passé ma sœur et moi toutes nos vacances et depuis, même si nous avons changé de maison, ce lieu représente mes racines, une sorte de retour aux sources.

À la fin de mes études, j’ai travaillé à Londres dans les relations publiques mais très vite en 2003, j’ai décidé de créer ma propre entreprise.

Pourquoi votre choix s’est porté sur la création de maillots de bain?

Il y a 15 ans, lors d’un voyage au Brésil, j’ai été frappée par la facilité qu’ont les femmes de se mettre en maillot, elles sont sans complexe et portent ce vêtement avec beaucoup de classe. J’ai été inspirée par les coupes brésiliennes auxquelles j’ai rajouté des broderies indiennes pour créer ma première collection TARA MATTHEWS.

Très vite, la marque a eu beaucoup de succès, aussi bien à New York, qu’à Londres, ainsi que sur plusieurs sites en ligne très connus. Des stars se sont affichées avec mes créations, ce qui a contribué grandement à ma notoriété.

Vous avez ensuite réorienté vos projets ?

En 2015, j’ai choisi de réorganiser entièrement ma production ainsi que mes sources d’inspiration. Préoccupée par la problématique environnementale, j’ai voulu que mes maillots puissent s’inscrire dans une économie durable. Je produis des séries limitées de produits de haute qualité, ce qui garantit l’exclusivité, tout en veillant à ce qu’aucun surplus ne se retrouve dans les décharges. J’ai déménagé ma production de maillots de bain dans le sud de la France et je travaille également avec une ONG indienne pour la fabrication de mes sacs brodés en plastique recyclé.

J’ai voulu également retrouver le contact avec la clientèle, retrouver le plaisir de les mettre à l’aise. Je travaille donc beaucoup en vente privée pour comprendre le désir de chaque cliente et leur redonner le goût d’être bien dans son corps. Il ne faut pas oublier que quand tu es en maillot, tu es presque nue !

J’ai créé un kit, le « kit fit » qui me permet en consultation privée de définir le modèle le plus adapté qui est proposé ensuite dans toutes les couleurs, dans toutes les tailles et dans le tissu le plus approprié. Le maillot est ensuite directement livré à domicile, c’est un service à échelle humaine, et aujourd’hui, cela correspond mieux à mes aspirations.

Que vous inspire la Corse ?

Le fait de travailler en Corse me stimule, d’ailleurs tous mes modèles portent un nom de lieux ou de plages corses. J’aime également faire appel à des créateurs insulaires ; pour les illustrations de mon site Internet par exemple, j’ai fait appel à Tiphaine Soler qui a su illustrer mon univers avec talent. Les yeux de sainte Lucie, ce porte-bonheur insulaire, que je ramassais sur la plage avec ma sœur, enfant, ont su inspirer ma collection beach wearcoton et soie. J’aime l’idée que porter du TARA MATTHEWS, c’est être protégé.

La nature, les couchers de soleil sont toujours pour moi sources de ravissement. Mes amis corses sont des gens fiers. J’ai fait plusieurs fois le tour du monde mais la Corse reste toujours ma destination de prédilection. Et puis c’est sur cette île que j’ai rencontré mon compagnon Philippe, photographe, qui lui aussi participe à son niveau à cette aventure.

Quelle est votre plus grande fierté ?

Ma plus grande fierté est d’avoir vu mes maillots en vitrine sur la 5e avenue à New York. Une amie d’une cinquantaine d’années n’avait jamais porté de bikini, elle a enfin pu trouver le maillot de ses rêves en me disant « Tu sais rendre les femmes heureuses… »

Comment avez-vous vécu certains de vos échecs ?

Un échec quand ça t’arrive, c’est dur. J’ai eu pas mal de succès mais également des périodes moins fastes. Les choses arrivent pour que tu t’améliores, pour que tu sois plus déterminée.

Quelle est votre devise ?

Carpe diem, je sais cela est très cliché, mais tout mon cheminement m’a appris qu’il faut être conscient du bonheur d’être vivant, être déterminé, avoir envie.

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