Les cambriolages à la portion congrue
La Corse est la région qui enregistre le plus faible taux de vols dans les domiciles ou ceux dits à la tire. Telles sont les conclusions de Luko by Allianz Direct spécialiste de l’assurance habitation.
Par Jean Poletti
Ces données confirment le sentiment qui prévaut et que ne manquent pas de souligner, au gré des communications, les autorités judiciaires et policières. Ici, la petite délinquance ne tient pas le haut du pavé à l’inverse de ce qui est monnaie courante sous les cieux hexagonaux. Un satisfecit toujours bon à prendre, mais qui ne peut chasser des esprits que l’île au prorata de sa population est la plus criminogène d’Europe. Dans une sorte de Janus et ses deux visages, elle enregistre ce que l’on nomme en termes génériques une petite délinquance atone, mais exacerbe la grande violence et les crimes de sang. Quoi qu’il en soit, l’excellent chiffre des cambriolages, à son étiage le plus bas, est peut-être à rechercher dans des causes aussi bien culturelles que puisées dans la cohésion locale. Et notamment dans les zones rurales. Bref, une proximité où chacun se connaît, propice à déceler tout présence incongrue ou insolite à proximité des domiciles.
Tant pis pour le Sud
Les représentants de l’État, cela est légitime, arguent que la présence des forces de l’ordre, conjuguant patrouilles, surveillances et renseignements, ne sont pas étrangères à ces résultats.
Qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse. Dans ce palmarès victorieux, le Nord fait encore mieux que le Sud. Sans qu’il faille tenter de sérier les raisons entre l’en deçà et l’au-delà des monts, la Haute-Corse fait mieux que sa sœur qui se trouve de l’autre côté de Vizzavona. Et pour cause. Seulement cent-dix-neuf cambriolages ont été recensés en 2024. Soit un taux inférieur à un pour mille habitants. En corollaire, l’enquête démontre que par rapport à l’année précédente, le chiffre accuse une baisse de quelque vingt-cinq pour cent.
La Corse-du-Sud talonne et obtient la médaille d’argent. Avec le remarquable score de cent-vingt-deux cambriolages, soit seulement trois de plus. Et là aussi un taux inférieur à un pour cent pour mille habitants.
Vigilance élevée
Si les larcins et chapardages sont chez nous à la portion congrue, il n’en est pas de même, tant s’en faut, sur le continent. Si le Territoire de Belfort tire son épingle du jeu, les Hautes-Alpes, l’Ariège, la Creuse ou la Haute-Saône, pour ne citer qu’eux, ont un éventail de près de deux-cents à quatre-cents maisons ciblées par les pillards.
De tels résultats ne sont pas uniquement les fruits du hasard. Avec sobriété, l’analyse du citoyen peut à maints égards rejoindre celle que met en exergue l’étude. « La faible densité de la population, la dispersion des villes et villages, et un tissu social très ancré localement contribuent à maintenir un niveau de vigilance élevé. »
Bien sûr, les agglomérations touristiques sont davantage ciblées lors des saisons estivales. Personne n’infirmera que parfois l’occasion fait le larron et suscite des vols d’opportunité. Mais de telles variations n’influent qu’à la marge le résultat global. L’île, n’ayant que peu de bonnes nouvelles à se mettre sous la dent, peut sans conteste savourer celle qui atteste que les exactions à la petite semaine sont sinon inconnues à tout le moins marginales.
Retour vers le futur
Mais osons rappeler qu’en l’occurrence la mémoire collective sait qu’il en a toujours été ainsi. Voilà peu encore dans les communes de l’intérieur, mais souvent aussi dans les cités, les portes étaient rarement verrouillées quand l’occupant s’absentait. Habitude similaire s’agissant des véhicules. Autre temps, mœurs différents. D’aucuns prennent la précaution d’installer des systèmes de contrôle et d’alarme. Tandis que le marché des fermetures blindées ne connaît pas la crise.
Sans jouer les Cassandre, il convient de souligner que naguère dans le rural dérober dans un domicile inoccupé relevait de l’extraordinaire. Cela causait un réel émoi au sein de la population et provoquait des condamnations aux accents de sacrilège. À bas bruit, de manière encore fortuite, le respect du bien d’autrui s’étiole. La vérité commande à dire que le vandalisme par effraction commence à toucher aussi les petits villages, dont les maisons aux volets clos la plupart du temps sont le signe patent de l’implacable exode. Quand ces méfaits surviennent les habitants jettent la pierre à d’hypothétiques étrangers, comme s’ils rechignaient à admettre qu’un des leurs puisse être coupable. Mais en leur for intérieur ils savent que telle n’est pas la vérité. D’ailleurs mezzo voce, en confidence aux lisières du secret, un nom est fréquemment avancé, sans qu’il soit étalé sur la place publique.
Un pan du voile
Nulle volonté de noircir le tableau ou de gâcher la fête que confèrent les résultats d’Allianz Direct. Ils sont, à n’en point douter, bienvenus. Sans doute mettent-ils un peu de baume sur les plaies béantes qu’ouvrent inexorablement ici les homicides, là les tentatives de racket et de pressions. Ou les incendies de commerces et d’entreprises dévolus à écarter un concurrent quand il ne s’agit pas de s’emparer de son bien. Sans parler de ces trop nombreux assassinats à jamais nimbés de suaires de mystère.

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