Une Corse ouverte et fraternelle, de 1853 à aujourd’hui
De la Bretagne à la Corse
Incarnée par Nelly Traversari et Sperienzha, une espérance gustative qui relie Paimpol à Ajaccio.
L’espérance, un fil qui traverse les siècles. La Bretagne et la Corse partagent bien plus qu’une géographie de bout du monde. Elles portent la même espérance de liberté, le même attachement farouche à une culture vivante, à une langue, à une terre. Des esprits libres des deux rives qui ont toujours su, quand il le fallait, tendre la main.
Par Maud Sevellec
En 2026, ce bateau s’appelle encore Espérance, mais il transporte autre chose : des arômes, des saveurs, des savoir-faire. L’espérance est devenue gustative. Et elle a rejoint Paimpol, où pousse désormais la première vanille bretonne – une vanille singulière, iodée et biscuitée, différente de la Bourbon ou de Tahiti – distribuée par Sperienzha, jusqu’aux cuisines d’Ajaccio.
« Le prisuttu corse est une poésie charcutière, un hymne au vent du maquis. » Edmond Rostand
Nelly Traversari, la cheffe qui cuisine en poète
Nelly Traversari est originaire de Balagne. C’est là, dans les cuisines de ses grands-mères, qu’elle a appris que la cuisine corse n’est pas une technique, mais une transmission – généreuse, goûteuse, enracinée. Une cuisine qui nourrit autant qu’elle raconte.
Aujourd’hui, cheffe de cuisine de son restaurant Le Grain de Sel à Ajaccio, Nelly incarne ce que l’on pourrait appeler la bistronomie corse : une alliance entre la rigueur du chef et l’engagement envers les producteurs des microrégions de l’île. Sur sa carte, chaque plat porte un nom – et le nom de celui ou celle qui l’a produit. Une unité rare entre la terre et la table, entre le geste du producteur et le geste du chef.
Elle n’aime pas le mot « concept » : trop réducteur, trop figé pour désigner quelque chose d’aussi vivant. Ce qu’elle fait n’est pas un concept, c’est un art vivant. Un art qui évolue au rythme des saisons, des rencontres, des microrégions qui composent cette île plurielle. Chaque produit inscrit à la carte est une décision d’engagement : soutenir un agriculteur du Cap Corse, un éleveur du Niolu, une jeune productrice comme Jade, qui cultive le premier ail noir de Corse.
« Elle ne cherche pas à représenter la Corse – elle la cuisine, chaque jour, comme on honore quelqu’un qu’on aime. » Jérémy Guerni, cofondateur de Sperienzha
La vanille de Paimpol et le pain perdu de Balagne
Quand Nelly a découvert la vanille bretonne de Paimpol, quelque chose s’est reconnecté. Un arôme d’enfance : sa grand-mère, en Balagne, lui préparait un pain perdu à la vanille. Ce goût d’autrefois, retrouvé dans un produit d’aujourd’hui cultivé à l’autre bout de la France, dit quelque chose d’essentiel sur ce que Sperienzha
cherche à construire – des ponts sensoriels entre les cultures, des fraternités gustatives qui font écho aux fraternités historiques.
C’est Sperienzha qui a imaginé et conçu ce lien : entre la coopérative Prince de Bretagne à Paimpol, Nelly Traversari à Ajaccio, et les producteurs corses et bretons que ces deux îles-continents ont su faire pousser. Un pont entre la Bretagne, le Pays basque et la Corse – trois territoires de bout du monde, trois cultures de résistance et de convivialité, réunies autour d’une table.
La bistronomie corse, un rempart poétique
Des Romains aux grandes plumes françaises – Mérimée, Balzac, Daudet, Lamartine
– tous ceux qui ont posé les yeux sur la Corse en sont revenus avec des mots de fête. La Corse a toujours inspiré la poésie. En 2026, cette poésie ne s’écrit plus seulement dans les livres : elle se lit sur les cartes des restaurants, dans les recettes des chefs engagés, dans les étiquettes des producteurs invisibles que l’on remet enfin en lumière.
Dans un monde standardisé, où les saveurs se ressemblent et où les cartes se copient, la bistronomie corse fait rempart. Elle porte en elle une autre voix – la conviction que les produits de cette île, de sa terre, de sa montagne et de sa mer, sont d’une qualité exceptionnelle, et qu’ils méritent un chef à leur hauteur.
Nelly est le chef et Sperienzha est le bateau.

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