Réinventer La Poste au plus près des territoires

D’Olivier Kozar, on pourrait retenir un « Tour de France » professionnel, de la RATP à La Poste, au fil des territoires et des missions de service public. Son parcours l’a conduit jusqu’en Corse, où il découvre un territoire dont la culture, l’attachement à la terre et au collectif font écho à son propre parcours. À la tête de La Poste dans l’île, il aborde désormais un nouveau défi : accompagner la transformation de l’entreprise et de ses métiers sans perdre le lien avec le terrain.


Par Caroline Ettori

Vous avez pris vos fonctions en Corse cet été. Quel premier regard portez-vous sur La Poste dans l’île ?

J’ai découvert une équipe très humble au regard du travail mené ici. Pourtant, beaucoup de choses méritent d’être vues et entendues. J’ai notamment découvert des actions qui demandent du courage : la relation avec les élus, la recherche de solutions locales pour maintenir une proximité avec les clients et les usagers, le travail pour répondre aux fractures géographiques et numériques ou encore l’accompagnement des publics fragiles.

Le contexte géographique et humain est complexe, avec des villages isolés et, à l’inverse, des zones urbaines où se concentrent davantage l’économie et l’emploi. La question est donc de savoir comment La Poste peut répondre au mieux aux attentes de la population dans ce nouvel environnement. Dans un contexte de baisse des financements publics, nous devons trouver des solutions et nous adapter. Beaucoup d’actions sont déjà engagées autour de la ruralité. En tant que directeur qui chapeaute l’ensemble des activités du groupe en Corse, mon rôle est de faire connaître et de promouvoir ces actions.

Quelles sont vos grandes priorités pour les prochaines années ?

La première est de poursuivre le développement déjà engagé. La deuxième consiste à construire des viviers de compétences locaux. Il faut être capable d’identifier des profils et des compétences acquises par l’expérience, parfois en dehors des parcours scolaires classiques. C’est ce que j’appelle « l’école des talents ». L’objectif est de repérer les viviers qui nous permettront à la fois d’accompagner les départs à la retraite et de répondre à l’émergence de nouveaux métiers.

La troisième priorité est la proximité, notamment à travers notre maillage territorial. Dans les zones où il y a peu d’habitants et peu de services, notre présence reste essentielle.

Dans les villages, la disparition d’un bureau de poste est souvent vécue comme un recul. Comment envisagez-vous l’évolution de ce maillage ?

La présence postale est encadrée par des obligations de maillage et, en Corse, nous sommes au-dessus du niveau minimal prévu par la loi, avec 95,4% en Corse-du-Sud et 93,2% en Haute-Corse de la population se trouvant à moins de 5 km et à moins de 20 minutes de voiture d’un point de contact postal.

Mais le sujet est aussi celui du financement. La Poste demeure chargée de quatre missions de service public : le service universel postal, l’aménagement du territoire, l’accessibilité bancaire et le transport et la distribution de la presse. Ces missions demeurent, mais les actions qui permettent de les assurer doivent évoluer pour répondre aux nouveaux besoins des populations et aux réalités des territoires.

Jusqu’à présent, un système de péréquation permettait notamment de financer certaines agences postales portées en partenariat avec les communes. Aujourd’hui, les moyens alloués par l’État sont moins importants et dépendent notamment de la fréquentation. Dans certaines agences rurales, celle-ci est extrêmement faible, avec seulement quelques visiteurs par semaine.

Une solution pourrait être la mutualisation de différents services comme par exemple un commerce et les services postaux.

Comment cette présence peut-elle être réinventée concrètement ?

Les usages ont profondément évolué, accompagnés d’une diminution drastique du courrier en même temps qu’une progression forte du colis. Le colis est toutefois une activité concurrentielle : il ne relève pas, contrairement à certaines de nos missions de service public, des mêmes obligations de présence sur l’ensemble du territoire mais il offre une opportunité d’évolution.

Notre point fort reste la présence du facteur 6 jours sur 7, sa connaissance fine du territoire et son capital confiance. Aujourd’hui, son métier ne se limite plus à la distribution du courrier et des colis. C’est ce message que nous devons faire passer aux élus, mais aussi à nos clients et à nos usagers.

« Veiller sur mes parents », le portage de repas ou de médicaments, le recensement, le recyclage des matériels de bureau ou des vêtements professionnels… : autant de services de proximité proposés par nos facteurs, qui sont de véritables acteurs du lien social et territorial.

Nous travaillons également sur des points de service ruralité qui pourraient être intégrés à d’autres activités locales : un commerce, une bergerie ou encore un office de tourisme. Ces lieux pourraient proposer certains services de La Poste, comme l’oblitération, la vente de timbres, d’enveloppes ou d’emballages pour les colis.

L’intérêt est double : ces points de service peuvent offrir des horaires d’ouverture plus larges que ceux d’un bureau de poste et, pour l’activité qui les accueille, attirer une clientèle supplémentaire. C’est également une chance pour les emplois insulaires, il est possible d’avoir un emploi dans son village.

La Corse est un territoire où la question de la proximité prend une dimension particulière…

Oui, clairement. La proximité est une vraie force pour La Poste en Corse, notamment par rapport à la concurrence. Nous avons une présence sur le territoire et une relation avec la population qui constituent un avantage.

Cette proximité concerne également les services bancaires. La Banque Postale peut notamment aujourd’hui intervenir dans l’ouverture de comptes et l’accompagnement des publics, des plus privilégiés aux plus précaires en mixant l’humain et le digital pour un conseil au plus près.

Mais cette proximité représente aussi un défi dans un territoire à la géographie complexe. Certaines habitations sont difficiles d’accès en véhicule et les facteurs doivent parfois parcourir de longues distances à pied, avec des colis de plusieurs dizaines de kilos. Nos factrices, facteurs et chargés de clientèle font preuve d’un engagement remarquable. Ces réalités posent la question de leurs conditions de travail, auxquelles le Groupe est particulièrement attentif. Les épisodes de canicule vécus cet été nous le rappellent : nous devons continuer à adapter nos organisations et nos pratiques pour mieux protéger nos collaborateurs.

Vous avez mentionné votre relation avec les élus. Qu’attendez-vous de ces échanges ?

Comme je suis arrivé récemment, mon premier travail est d’aller à la rencontre des élus et des institutionnels, de me présenter et surtout d’écouter leur vision de leur territoire, du petit village à une vision plus macro à travers mes échanges avec la Collectivité de Corse notamment. Pour assurer cette proximité opérationnelle, je m’appuie sur deux adjoints, l’un pour la Haute-Corse et l’autre pour la Corse-du-Sud, qui assurent le relais sur le terrain.

L’objectif est de construire, avec l’ensemble des parties prenantes, les solutions postales de demain. Pour cela, nous devons écouter et comprendre l’évolution des usages et des besoins. C’est cette capacité à nous adapter collectivement qui fera la force de nos réussites futures.

La question que je veux poser est celle de l’utilité : si nous maintenons une présence, qu’apporte-t-elle réellement encore aux habitants ? Et que pouvons-nous y ajouter pour qu’elle soit davantage utilisée ? Il peut aussi y avoir des intérêts communs. C’est cette logique de gagnant-gagnant que je veux développer.

Le courrier baisse, le colis progresse, le numérique transforme les usages. Comment voyez-vous la transformation de La Poste et de ses métiers ?

La transformation fait partie de l’histoire de La Poste. Si nous n’étions pas capables d’évoluer et de nous adapter, nous n’existerions plus. J’ai déjà évoqué le métier de facteur et les points physiques mais le numérique peut aussi apporter des réponses, notamment face à la fracture digitale.

Aujourd’hui, nous développons des outils qui permettent de réduire les tâches répétitives et font gagner du temps aux agents, afin qu’ils puissent davantage se consacrer au conseil, à l’écoute et à l’accompagnement.

Il faut également faire évoluer la relation à distance. Les personnes les plus isolées ou les actifs se déplacent moins facilement pour rencontrer un conseiller et peuvent préférer un échange par téléphone ou en visioconférence. Cela ne signifie pas que tout doit devenir numérique, mais que nous devons accompagner ceux qui sont moins à l’aise avec ces outils.

L’enjeu est donc de faire évoluer les parcours tout en préservant l’accompagnement humain. Un client qui commence une démarche en ligne doit pouvoir, dès qu’il en ressent le besoin, échanger avec un conseiller. Nos collaborateurs font déjà vivre cette relation sans couture entre le numérique et l’humain, afin de proposer une expérience simple, fluide et sans rupture.

Les perspectives sont encourageantes et peuvent créer de nouveaux emplois en Corse. Certains services du centre financier d’Ajaccio, développés localement, notamment autour du surendettement ou du microcrédit, prestent également à l’échelle nationale.

La transformation concerne la transition énergétique. Comment l’envisagez-vous en Corse ?

La transition énergétique est déjà engagée depuis longtemps au sein du Groupe. Depuis plus de vingt ans, La Poste réduit son empreinte carbone, notamment en électrifiant progressivement sa flotte et en développant le photovoltaïque dans ses bâtiments. La Banque Postale joue, elle aussi, un rôle important dans le financement de cette transition.


Ces engagements sont reconnus à travers plusieurs distinctions ESG — environnementales, sociales et de gouvernance. Elles saluent les performances extra-financières du Groupe et la solidité de sa démarche en matière de développement durable. La Poste figure ainsi dans la Liste A du CDP Climate Change, parmi les 4% des quelques 20 000 entreprises évaluées en 2025. Elle est également classée numéro un mondial, tous secteurs confondus, par Moody’s ESG Solutions, et se situe dans les 3% des entreprises les mieux notées de son secteur par EcoVadis.

Vous revenez souvent à l’idée que les solutions doivent venir du terrain. Pourquoi ?

Parce que des solutions existent déjà, inventées par les postières et postiers eux-mêmes. Mon rôle est de les écouter, de repérer ce qui fonctionne et de voir ce que nous pouvons ensuite reproduire ailleurs.

C’est aussi, pour moi, une façon de réapprendre mon métier dans ce contexte insulaire, avec ses habitudes, ses contraintes et ses réalités. Mon expérience m’a permis de parcourir de nombreux territoires et d’accompagner différentes transformations du service au public et auprès des entreprises et collectivités. Mais chaque territoire oblige à regarder les choses autrement.

La transformation pour la transformation ne signifie rien. Il s’agit de transformer les missions, les outils et les métiers tout en trouvant les moyens de continuer à dynamiser les territoires et à pérenniser les emplois.

C’est finalement le fil conducteur de mon parcours : aller sur le terrain, écouter, comprendre les réalités locales et construire des solutions avec ceux qui les vivent. Mon expérience me donne des repères, mais elle ne remplace pas cette écoute. En Corse plus qu’ailleurs, je veux partir de cette réalité pour construire La Poste de demain sans perdre ce qui fait sa force : la proximité, la confiance et ce lien humain fondé sur la parole donnée.

LA POSTE EN CORSE ET EN CHIFFRES

1 450 postières et postiers

191 points de contact répartis sur l’ensemble de l’île

447 tournées dont 56% en zone rurale

15 000 km parcourus par jour par les factrices et facteurs, 6 jours/7

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