LES NOUVEAUX DÉFIS D’ORANGE EN CORSE
Territoire

Nommé à la tête d’Orange Corse le 1er juillet 2026, Simon Chiarisoli entend accompagner les grandes transformations numériques de l’île tout en restant au plus près de ses réalités. Déploiement de la fibre, fermeture du réseau cuivre, cybersécurité, intelligence artificielle, innovation et développement des compétences:
il détaille les priorités d’Orange et sa vision d’un numérique
au service du territoire et de ses habitants.
Par Caroline Ettori
Vous avez pris la direction d’Orange Corse le 1er juillet 2026. Qu’est-ce qui vous a donné envie de relever le défi et quelle est votre ambition première pour Orange en Corse ?
Une motivation personnelle m’a d’abord donné envie de relever ce défi: mes racines familiales sont ici et je tenais à revenir travailler sur la terre de mes ancêtres. Mais les raisons sentimentales ne suffisent pas à justifier la confiance de mon entreprise. Mon expérience dans les domaines technique, commercial et stratégique, ainsi que les responsabilités exercées à Mayotte, notamment lors de la reconstruction après le passage du cyclone Chido en 2024, ont également pesé dans cette décision. C’est là-bas que j’ai pris toute la mesure des enjeux du numérique liés à l’insularité: lorsque les moyens de communication sont interrompus, un territoire peut se retrouver coupé du monde.
C’est donc la convergence de mes motivations personnelles et professionnelles qui m’a donné envie de prendre la direction d’Orange en Corse. Le moment me semble également opportun : un travail considérable a déjà été réalisé pour équiper l’île en services numériques. L’enjeu est désormais de tirer pleinement parti de ces infrastructures, au service du territoire, des administrations, des entreprises et des particuliers, pour contribuer au rayonnement de la Corse et des Corses.
Le numérique est devenu un levier essentiel de développement et d’attractivité des territoires. Quelles sont les priorités pour la Corse, notamment en matière de modernisation des réseaux et d’innovation?
Je commencerai par un constat qui peut paraître contre-intuitif : la Corse n’est plus un territoire en retard en matière d’équipements numériques. À fin 2025, tous opérateurs confondus, 93,4% des foyers sont raccordables à la fibre. Une progression de six points en un an, qui s’inscrit dans une dynamique particulièrement forte depuis dix ans, sous l’impulsion de la Collectivité de Corse et rendue possible grâce au travail des acteurs du secteur.
Derrière le déploiement de la fibre se joue la fermeture du réseau cuivre, qui sera progressivement éteint, par commune, d’ici à 2030. Ajaccio figure parmi les vitrines nationales de cette transition, avec l’arrêt de ce réseau depuis janvier dernier. Au cours des quatre prochaines années, les 360 communes corses basculeront progressivement de l’ADSL vers la fibre. C’est un enjeu technique, mais surtout humain. Cette transition nécessite d’accompagner les différents publics concernés: les commerçants qui utilisent encore des lignes fixes analogiques pour leurs systèmes d’alarme ou leurs terminaux de paiement, mais aussi les personnes âgées pour qui cette ligne constitue un lien quotidien avec leur famille et leurs proches. Notre rôle est de suivre cette évolution des usages, commune après commune, en lien avec les maires, les services de l’État et le tissu associatif.
Plus largement, la qualité des réseaux et la connectivité de l’île avec le reste du monde constituent des enjeux majeurs. Notre objectif est de rendre la Corse résiliente. Les câbles sous-marins qui la relient au continent jouent à ce titre un rôle essentiel. En tant qu’opérateur, notre responsabilité est de garantir la continuité de cette connexion et d’éviter toute interruption de service, malgré les aléas. La qualité du réseau mobile sur l’ensemble du territoire est également au cœur de nos priorités. Nos clients doivent bénéficier d’un service performant partout, au village comme en ville, en hiver comme en période estivale, lorsque le trafic connaît des pics importants.Cette exigence vaut aussi pour les axes routiers empruntés quotidiennement par les insulaires.
Orange revendique une forte proximité avec ses clients. Comment cette proximité se traduit-elle concrètement en Corse ?
La proximité fait partie de notre ADN, et je suis convaincu qu’elle ne se revendique pas, elle se prouve. Cet été, j’ai été sur le terrain à la rencontre des 550 collaborateurs qui travaillent pour Orange en Corse. Elle est avant tout très concrète : dix boutiques, 200 salariés du domaine technique, des équipes dédiées aux entreprises ainsi que des conseillers basés à Ajaccio et Bastia pour le service client. J’ai également pu constater auprès des acteurs du territoire que chacun connaissait son interlocuteur chez Orange.
Nous allons continuer à renforcer cette présence, notamment avec la boutique itinérante U Tragulinu. À l’image des marchands ambulants qui sillonnaient les villages, ce service nous permet d’aller à la rencontre des habitants sur l’ensemble du territoire. Nous prévoyons d’ailleurs d’intensifier les tournées, notamment dans les zones les plus reculées au moment de leur bascule du cuivre vers la fibre.
Cette proximité se retrouve enfin dans notre organisation et dans notre capacité à décider au plus près du terrain. Je dirige le comité de direction en Corse, et les décisions sont prises ici, en lien bien sûr avec la direction du groupe.
L’intelligence artificielle, la cybersécurité et les nouveaux usages numériques transforment rapidement les pratiques. Quel rôle Orange entend-il jouer pour accompagner les Corses dans ces évolutions?
Ces thématiques sont pleinement intégrées à notre feuille de route et à nos enjeux stratégiques. Notre objectif est de développer ces nouveaux usages de manière responsable.
La cybersécurité est, selon moi, un sujet urgent qui n’est pas encore suffisamment pris à bras-le-corps par les entreprises et les collectivités. Leur niveau d’exposition est comparable à celui d’un groupe du CAC 40, sans disposer pour autant des mêmes moyens pour prévenir les risques ou se défendre face aux attaques. Notre rôle est de les accompagner, à travers des actions préventives comme curatives. Nous développons ces solutions au sein d’Orange Cyberdéfense.
Sur l’intelligence artificielle, nous travaillons sur ces évolutions depuis plus de trois ans. Traiter une panne, repérer un dysfonctionnement, anticiper les problèmes ou encore croiser des informations : l’IA est désormais bien plus qu’un simple outil. Elle constitue une avancée majeure pour nos équipes.
Nous avons également développé Live Intelligence, une solution clé en main d’IA générative, largement éprouvée en interne et désormais proposée aux entreprises et aux institutions publiques. Elle permet d’intégrer l’IA dans les organisations de manière sécurisée et souveraine.
Quelles sont aujourd’hui les initiatives ou les projets d’innovation portés par Orange en Corse qui vous paraissent les plus emblématiques de cette volonté de répondre aux besoins spécifiques du territoire?
Notre vision est très volontariste en matière d’innovation, avec un parti pris clair: répondre aux besoins du territoire et tenir compte de ses singularités, qu’il s’agisse de sa topographie, de sa démographie, de sa courbe des âges atypique ou encore de sa forte saisonnalité. C’est à partir de ces spécificités que nous construisons nos projets.
Notre démarche s’articule autour de trois axes. Le premier repose sur des partenariats avec les principaux incubateurs corses. L’objectif est d’accompagner les start-up qui travaillent sur le territoire, de les aider à faire mûrir leurs idées puis, lorsque les projets sont suffisamment avancés, à les mettre en œuvre et à les commercialiser.
Le deuxième concerne les politiques publiques. Nos infrastructures peuvent contribuer à répondre à certains enjeux du territoire: la fibre peut, par exemple, permettre de détecter des fuites sur les réseaux de distribution d’eau, tandis que nos points hauts peuvent être utilisés pour surveiller et anticiper les risques d’incendie.
Enfin, le troisième axe porte sur l’innovation au sein de nos propres réseaux, avec le développement d’expertises spécifiques, comme le pilotage de drones pour surveiller et inspecter nos installations. Cette démarche s’inscrit dans une logique d’innovation ouverte, en lien avec l’ensemble de l’écosystème du territoire.
Derrière les réseaux et les technologies, il y a aussi les femmes et les hommes qui font Orange. Quels métiers et quelles compétences souhaitez-vous développer en Corse, et comment comptez-vous renforcer l’attractivité d’Orange comme employeur sur l’île?
Mon message est simple: on peut faire une carrière à haute technicité sans quitter l’île. Cybersécurité, intervention technique, IA, proximité client : ces métiers sont à la fois qualifiés et évolutifs. Il faut d’ailleurs sortir de l’opposition entre le digital et l’humain : le numérique doit rester au service de l’humain. Il ne s’agit pas de le remplacer, mais de l’accompagner.
Pour cela, notre stratégie repose sur la continuité. Nous voulons travailler avec l’ensemble du tissu éducatif afin d’aider les jeunes Corses à finaliser leurs parcours de formation, à travers les stages, l’apprentissage ou l’alternance. En Corse, Orange accueille ainsi trente alternants de manière permanente et renouvelée.
Notre rôle est aussi d’identifier et de développer les compétences de demain. Nous allons donc compléter ce dispositif en allant chercher de nouveaux talents, notamment parmi ceux qui ont poursuivi leurs études sur le continent et souhaitent aujourd’hui revenir en Corse.
Cette dynamique concerne également nos salariés. Ils doivent pouvoir se projeter dans les métiers de demain et construire leur carrière dans une logique de parcours. Nous avons cette capacité à les accompagner et à faire monter en compétences ceux qui souhaitent évoluer.
Pour conclure, si l’on se donne rendez-vous à la fin de votre «mandat», qu’aimeriez-vous avoir concrètement fait évoluer en Corse grâce à Orange, et quelle place souhaitez-vous que l’entreprise occupe dans le développement du territoire?
Je tiens d’abord à préciser que même si vous parlez de «mandat», la durée de ma mission n’est pas fixée à l’avance! Plus sérieusement, si je devais donner un cap, ce serait celui d’une Corse où la transformation numérique ne laisse personne au bord du chemin. La bascule du cuivre vers la fibre doit pouvoir se faire pour tous sans rupture. Et les professionnels doivent pouvoir s’appuyer sur nos différents outils. Je souhaite aussi qu’à terme, nous n’ayons plus à nous demander si le réseau suivra où que l’on se trouve sur l’île, quelle que soit la saison et que des emplois qualifiés puissent être créés et maintenus.
Enfin, je souhaite qu’Orange soit un véritable partenaire du territoire, associé aux décisions qui engagent l’avenir numérique de la Corse, capable de co-construire avec les écoles, les collectivités et les entreprises. C’est ce chemin que je veux emprunter avec nos équipes
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