Les élèves au tableau de l’environnement
L’AUE ouvre A Scola di l’Energia
La Corse n’échappera pas aux intenses mutations climatiques qui se profilent. Elles vont métamorphoser les sociétés. Sans verser dans le catastrophisme, l’intelligence collective doit sensibiliser les nouvelles générations afin qu’elles ne soient pas prises au dépourvu. Ici des initiatives se structurent sous l’égide de l’Agence d’urbanisme et d’environnement, alliant pédagogie et responsabilisation.
Par Jean Poletti
Dans ce droit fil, elle officialisa tout récemment l’ouverture de son programme éducatif baptisé A Scola di l’Energia. L’initiative, ayant pour partenaire le Parc naturel régional et le rectorat, se tint à l’école maternelle immersive de Bucugnà. La transition énergétique et l’éducation, telle fut sans surprise la thématique développée. Elle donna l’occasion au président de l’AUE, Julien Paolini de dire et souligner l’importance d’une telle démarche qui conjugue aspects éducatifs et réflexion. Cette offre sociétale trouva à l’évidence écho favorable chez les participants. Parmi l’aréopage, Jacques Costa qui a la tête du Parc n’est pas avare d’actions éducatives liées au développement durable. En corollaire, le maire Achille Martinetti dont on sait l’implication dans ce domaine pouvait vraisemblablement dire ou penser qu’on prêchait un convaincu. Tout comme l’était visiblement le recteur Rémi-François Paolini.
Sans verser dans la grandiloquence, chacun s’accordera à dire que A Scola di l’Energia allie originalité et efficience. L’aspect scolastique, certes présent, s’efface volontairement afin de privilégier la finalité. En cela, elle se glisse pleinement à la hauteur des enjeux.
Aussi, et c’est heureux, n’est-elle pas exclusivement théorique, mais s’enrichit d’une approche quasi philosophique reflétant en creux l’interrogation magistrale et lancinante : comment endiguer autant que faire se peut, du Cap à Bonifacio, de l’intérieur au littoral, les néfastes métamorphoses annoncées ? Pas de remède miracle ou d’attentisme ayant une parenté avec le défaitisme. Bannies également ces voix, qui fort heureusement au fil du temps se font plus rares, assénant qu’il s’agit de fadaises et d’alarmisme dénués de fondement.
L’offre en partage
Il convient de laisser ces sceptiques inconséquents à leur cécité intellectuelle et morale, pour adhérer sans ambages aux dialectiques de l’AUE. Elle offre un espace de débat propice à la compréhension d’une problématique. Invitant ainsi une jeunesse insulaire à s’en saisir. Elle le fait, faut-il le préciser, sans se réfugier dans quelque tour d’ivoire dont sont friands certains sachants de circonstance. Julien Paolini et ses collaborateurs affirment leur volonté d’accompagner les jeunes générations dans la compréhension et la prise de conscience des problèmes énergétiques et environnementaux. La transition et l’autonomie énergétiques représentent des échéances majeures pour la Corse. Le marteler est certes nécessaire mais nullement suffisant. La réussite ? « C’est dès le plus jeune âge qu’il est essentiel de sensibiliser, d’expliquer et de transmettre les connaissances nécessaires pour mieux appréhender ces enjeux. »
En incidence, il ne manqua pas d’être mis en exergue la démarche de collaboration de l’AUE. Ainsi noua-t-elle des partenariats avec l’ensemble des acteurs concernés, notamment pour soutenir la revitalisation des territoires. Et atteindre les objectifs de la Programmation pluriannuelle de l’énergie concernant la maîtrise de la demande. Pour mener à bien sa stratégie, il fut rappelé que s’appuyant sur ce réseau, elle multiplie des actions de sensibilisation, de communication et d’information, destinées à tous les publics. Mais là aussi, un effort particulier s’exerce au profit des jeunes, véritables acteurs et relais essentiels de la transition énergétique.
Efforts mutualisés
Épousant à l’envi l’adage « l’union fait la force », et réfutant sans conteste de tirer la couverture à elle, l’AUE voit d’un bon œil les efforts déployés par d’autres. Aussi salue-t-elle l’engagement depuis plus d’un demi- siècle du Parc naturel régional de Corse. Sans que l’opinion en ait toujours pleine conscience, le syndicat mixte mène des actions d’éducation à l’environnement et au développement durable sur l’ensemble de son territoire. Aussi ce n’est pas fruit du hasard ou opportunisme si un partenariat est scellé avec l’AUE, tant il fonde dans un même creuset une ambition commune. Laquelle ? « Accompagner tous les établissements scolaires dans une démarche à la fois cohérente, exigeante et durable. »
Concrètement et sans entrer dans le détail exhaustif, disons que le Parc assure la mise en œuvre des interventions dans les écoles maternelles, élémentaires et les collèges situés dans son périmètre. Et pour les établissements implantés hors de ce territoire ? Dans une sorte de complémentarité pétrie d’altruisme, l’AUE a souhaité garantir un accompagnement équivalent, afin d’inscrire l’ensemble des structures scolaires dans une dynamique harmonisée et pérenne.
Chapitre innovant
Ces actions, factuelles ou structurelles, rejoignent le concept de la connaissance dispensée, dont Bossuet disait « qu’elle est donnée pour entendre ce qu’il y a de plus vrai ». Dès lors nulle interrogation n’est de mise si ce panel d’actions trouva avec le rectorat un allié précieux. Il offrit une coopération sans faille avec les enseignants, acteurs essentiels de leur déploiement.
A Scola di l’Energia, nul n’en disconviendra, n’est pas un simple slogan. Il ouvre le chapitre d’un programme éducatif pour tous les élèves de l’île. À cet égard, le chemin des écoliers sera pavé d’originalité et bordé par une logique d’entente institutionnelle.
Dire que le dispositif est innovant relève de la litote. Volontarisme et pragmatisme permettant de sensibiliser non seulement aux enjeux énergétiques et environnementaux, mais aussi et peut-être surtout écocitoyens.
Par ailleurs, et cela n’est pas la moindre de ses qualités, l’amplitude de cette initiative est globale. Tous les potaches de la maternelle au collège sont conviés à ces rendez-vous. Ils poseront les jalons d’une communauté ayant su se préserver par anticipation aux désagréments qui ourlent l’horizon climatique.
Acteurs du futur
Dans ce cortège peu engageant figurent en bonne place la hausse des températures, la sècheresse et les violentes précipitations, les risques de submersion et autres fluctuations des cours d’eau. Les prémices déjà se profilent contraignant des éleveurs à nourrir leur bétail pour pallier les herbages défaillants. Mais cette situation commandera aussi à apporter des remèdes à une partie du parc immobilier devenu à bas bruit passoire thermique. Ici, le rationnement en eau potable durant la saison estivale, là des villes en déficit de zones de fraîcheur.
Les tâches qui s’ouvrent ne seront pas une sinécure et réclament une mobilisation sans faille. Elle ne souffre nulle forme d’attentisme ou d’atermoiements. L’alternative était simple. Engoncer dans la fatalité ceux qui seront les décideurs de demain. Ou bien les aider à s’impliquer dans une salutaire cause globale. Bref, être témoins passifs ou acteurs des évolutions.
Le moins que l’on puisse dire est que la conception programmatique fut élaborée avec soin, signe d’un travail en amont particulièrement réfléchi. Ainsi, le premier volet est déployé dans toutes les écoles maternelles. Les contenus destinés aux cycles deux et trois seront progressivement diffusés dans tous les établissements.
Cours ludiques
« L’AUE, più chè mai à fiancu à a nostraghjuventùpè a transizione eculugica ! »
Par ailleurs, pour circonscrire au mieux la réalité et l’adapter aux attentes, les supports pédagogiques ont été conçus par le Réseau Canopé de Corse, en partenariat avec l’Agence et le Parc. La finalité ? une conformité avec les programmes de l’Éducation nationale. Une adaptation à chaque niveau scolaire. Ce mode d’emploi séquencé avec réalisme offre une trilogie avenante. D’abord une prise de conscience précoce des enjeux énergétiques, climatiques et environnementaux. Ensuite, le développement de comportements responsables et durables, adaptés aux spécificités de la Corse. Enfin, l’adoption de gestes simples et concrets pour préserver les ressources naturelles.
L’imagination étant au pouvoir et l’immersion de rigueur, il est louable de mentionner que les supports sont conçus en version bilingue, corse et français. Voilà qui est une contribution qui renforce l’usage di a lingua nustrale dès le plus jeune âge. Et dans ce cas précis valorisera son emploi dans des contextes concrets et contemporains en cohérence avec la politique linguistique portée par la Collectivité de Corse.
Apprendre n’a pas comme compagnon de route l’austérité. Tant s’en faut. Aussi s’agissant des classes maternelles, le programme s’appuie sur la popularité des personnages « Marcu et Fiffina », déjà présents dans plusieurs ouvrages jeunesse en langue corse. Dès lors ce discours de la méthode aborde les économies d’énergie de manière ludique et accessible. L’alliance du sérieux et du sourire, qui permet de distiller l’un sans bannir l’autre. Car comme l’affirme Confucius « un enseignement de qualité est un quart de préparation et trois-quarts de théâtre ».
L’ écogeste à l’affiche
À l’évidence, les responsables de l’AUE n’ont pas lésiné sur la prestation. Ils ont mis les petits plats dans les grands. Outre les cours théoriques, ils ont conçu des affiches illustrées présentant les principaux écogestes liés à l’énergie et à la protection de l’environnement. Ces supports visuels comparatifs mettent en regard des situations du quotidien afin d’identifier les bons usages de l’énergie, dans une approche positive adaptée à leur âge. Et pour compléter le dispositif, un livret pédagogique à destination des enseignants. Son contenu ? L’un des concepteurs en fournit le détail.« Des séquences clés en main, des activités évolutives et des temps d’échange favorisant l’observation, l’expression orale et la réflexion collective. »
Pour compléter ce tour d’horizon, n’omettons pas de rappeler que la démarche n’est pas figée dans le temps. Elle est évolutive. Ainsi après la première phase déjà opérationnelle deux autres sont en préparation. Leurs contenus mettront notamment l’accent sur les sources d’énergie et celles qui sont renouvelables. En passant par le changement climatique et la biodiversité. Avec en toile de fond les écogestes du quotidien et l’engagement citoyen.
Citoyens en herbe
Ces diverses digressions et explications ébauchées à grands traits font éclore une démarche dont a Scola di l’Energia est l’étendard désormais déployé. C’est aussi une affirmation pétrie d’ambition partagée entre l’Agence d’urbanisme et de l’environnement et le Parc régional. Tous deux le disent presque comme un credo, « former dès aujourd’hui des citoyens responsables et acteurs de la transition énergétique de demain ».


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