Le Ring Ajaccien, l’objet photographique de Mona Favoreu

La première fois que la rédaction de Paroles de Corse a rencontré Mona Favoreu, elle avait tout juste 16 ans. Ses photographies sensibles mettant en scène les amitiés, les échappées sur les routes de Corse, la jeunesse qui se meut dans l’espace public où ses rencontres à la mer, portaient en elles un presque-rien qui pourtant attirait de façon particulière l’attention du regardeur. Mona a ce don de savoir accueillir le regard de l’autre dans son travail visuel comme une invitation familière à plonger dans ses images-récits. À travers sa dernière série de photographies dédiée au Ring Ajaccien, encore une fois, la jeune artiste touche à l’intime des réalités corses qu’elle fait coexister autour d’une dimension cinématographique très forte.
Par Laura Benedetti
À 21 ans, le parcours de Mona s’est forgé d’une formation solide. Une licence professionnelle Techniques du Son et de l’Image à l’IUT de Corte lui ouvre un espace propice à la réalisation et à l’écriture. Un espace qu’elle s’engage à rendre fertile, comme assistante plurielle pour des courts et longs-métrages mais aussi comme artiste-photographe. Dans le cadre de l’IUT, elle réalise son premier court-métrage Les Anges, récompensé et projeté en compétition au Festival de Lama puis au festival Arte Maredans le cadre du panorama méditerranéen. Les Anges a été également sélectionné aux Journées cinématographiques de Carthage à Tunis. En 2024, elle expose au FRAC de Corse ; en 2025, elle se fait remarquer comme ouvreuse et photographe du Festival de Lama où elle retournera l’année suivante. Elle est récompensée par le Grand Prix de la Formation Transmission au festival Face à la mer à Tanger et termine Lauréate de la résidence « L’œil d’Orphée ». Aujourd’hui, elle est membre de l’agence de presse internationale Hans Lucas. Le travail de Mona est en pleine floraison et ascension, ponctué par plusieurs récompenses et expériences qui ne cessent de l’encourager dans sa passion pour l’image, qu’elle soit instantanée ou cinétique. Toujours engagée.
Au détour d’une ruelle d’Ajaccio existe, depuis 1942, un ring bleu marine, qui semble être resté comme tel, figé dans l’après-guerre ; suspendu, autour duquel gravitent et règnent les portraits des anciens joueurs peints à même les murs, qui ont traversé et fait vivre les lieux ; ainsi que ceux qui ont aussi contribué à sa renommée. La bandera, le drapeau corse, présente partout. « La première fois que j’y suis rentrée, j’avais l’impression d’être dans un film de Scorsese », nous dit Mona qui fait très vite le parallèle de ce sport à une dimension cinématographique. « La boxe est ici presque une institution, les professeurs et joueurs pratiquent de père en fils. »
« En Corse, les boxeurs ne s’affrontent jamais. C’est une règle fondamentale et chère au sport insulaire »
Cette phrase, signée Corse-Matin, extraite d’un article relatant les 80 ans du Club est une devise. Et, Mona en a fait le fil rouge du projet de cette série photographique : « Comment ces jeunes hommes se conditionnent-ils à partir très tôt combattre sur le continent, loin de chez eux, comme le combat est interdit entre Corses ; suivre leurs entraînements, leurs combats, leurs galas ? Comment s’imaginent-ils sur la scène du monde en partant du ring d’Ajaccio ? »
Mona cherche à capter presque corps et âmes des boxeurs sans questionner en premier lieu d’où viennent ces hommes, de quels milieux ou de quelles classes sociales ils peuvent être issus. Néanmoins, Mona s’intéresse à une autre strate sociologique dans la réalisation de cette série, à savoir, « comment la boxe a évolué dans le silence et dans l’admiration de tous les joueurs qui s’y sont succédé ? Comment la discipline dans tel sport émerge au milieu d’un chaos social comme un cadre d’une violence maîtrisée dans les moindres gestes ? » ; rythmes et gestion des mouvements, confrontation des corps, représentation de la violence, la boxe anglaise – issue, à l’origine, du pugilat – pratique très ancienne, historiquement nommée « Noble art », enseigne quelque chose. Derrière l’enjeu sportif moderne, d’autres enjeux plus contemporains se corrèlent aussi sociaux que politiques.
L’amour du club

« Parce que Pilou est partout dans le club, à l’entrée du garage, derrière une vitrine où sont exposés ses gants de boxe, sur les murs en photo… »
Et comment traiter, peu importe la forme ou le médium, le Ring Ajaccien sans évoquer la figure emblématique qu’est devenue Pierre-Louis Giorgi, surnommé par tous Pilou ? Membre du Club, il pratiquait et enseignait la discipline aux plus jeunes avant qu’il ne soit assassiné au mois de décembre 2024. « La base de ce projet, nous confie Mona, était que je devais prendre en photo une amie à moi, dans le club où son frère était perçu comme une icône de ce sport. Depuis son assassinat, le sujet m’est apparu plus grand. La douleur individuelle s’est propagée de manière fulgurante vers le collectif, lui-même devenu le maillon intime et commun face à la perte d’un être qui cherchait à enseigner via la boxe, la paix et le respect. »Par un effet de glissement, d’une « photographie-fantôme », comme la nommerait Hervé Guibert – de son amie, que Mona partait réaliser au départ, c’est tout ceci qui a surgi, de manière semblable au procédé du révélateur photographique. À travers l’ensemble de cette dernière série d’images de Mona Favoreu, espaces et individus vivent entre corps et âme(s).
@favoreumona
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