La guerre arme les mensonges

EDITO

Par Jean Poletti

Les conflits actuels s’accompagnent d’une offensive d’analyses et de fabulations. Rien de plus normal dans les échanges citoyens, laissant affleurer craintes et jugements de valeur. Mais d’aucuns s’étant métamorphosés en stratèges autoproclamés saturent l’espace médiatique, trustant les chaînes de télévision pour apporter leur supposé savoir. Il n’est pas rare que toute honte bue, certains affirment l’inverse de ce qu’ils professaient doctement la veille. Que d’inepties proférées avec légèreté, alors que le monde avançait sur une périlleuse ligne de crête. Qu’importent les assertions, sous les halos des projecteurs maints chroniqueurs livrent de vulgaires points de vue, qu’ils ne craignent pas à assimiler à la vérité. Nous vîmes même un ancien responsable du GIGN s’aventurer dans une déclinaison géopolitique, aussi étrange que farfelue. Un autre, comme en écho, de s’installer sur le trône de l’augure et d’un ton péremptoire de dire qu’à la place des belligérants, il pourrait parvenir à la paix. Outrecuidance sans bornes, qui ne fit sourciller aucun participant à cette émission. Comme si l’uniforme des exagérations revêtait nombre de fantassins de l’information. Ici, un général en retraite donnant des cours de stratégie. Là, une personne présentée comme spécialiste des conflits enfonçant des portes ouvertes, multipliant les tautologies sur les deuils et les dégâts. Au fil de ces propos, souvent surannés, parfois illusoires, rarement éclairants, l’essentiel était fréquemment enveloppé des limbes du silence. Il devrait pourtant être le cœur des préoccupations et tient en peu de mots. Veut-on que l’Iran possède la bombe atomique ? Avons-nous oublié que le régime des mollahs assassine son peuple qui réclame du pain ? Faut-il jeter un voile coupable sur le fait que ce régime fomente et finance des attentats meurtriers dont la France paya le prix fort ? Est-il opportun pour s’en convaincre de rappeler les quarante-six parachutistes tués par la bombe du Drakkar à Beyrouth. N’est-ce pas la main des fous de Dieu qui guida les auteurs de la tuerie de Paris ? Que nul ne se méprenne. Il n’est ici nulle envie de tresser des lauriers à Trump. Mais il ne paraît pas usurpé de reconnaître qu’il fait en quelque sorte le sale boulot, que les autres ne veulent pas faire, pour tenter d’éradiquer ces guides du malheur. Et s’agissant de l’offensive de Tsahal contre le Hezbollah, nul ne doit persister dans l’erreur d’une attaque contre le Liban. Mais pour Israël de dénicher et détruire une menace existentielle à ses portes. Et qui est devenue une puissance étatique au pays de Cèdre. L’esprit cartésien n’a nulle envie de séparer artificiellement le bon grain de l’ivraie, mais d’afficher simplement des priorités, fréquemment mises sous le boisseau. L’impartialité commande de dire qu’il est en France aussi des apôtres de la paix sincères. Cependant, d’autres trouvent en l’occurrence un prétexte bienvenu pour alimenter leur antisémitisme viscéral. Et au passage flétrir l’Amérique, qu’elle soit majoritairement républicaine ou démocrate. Hasard du calendrier, les commémorations de la Libération ancrent dans nos esprits qu’un 6 juin à l’aube la bannière étoilée flottait sur les plages de Normandie, symbole de ces GI’s venus de loin pour briser les chaînes nazies. Une période où maints ayatollahs voyaient en Hitler un nouvel imam, tandis que Amin al-Husseini, le grand mufti de Jérusalem, avait pris fait et cause pour la croix gammée. Et que dire de ces cris d’orfraie poussés par ceux qui dénoncent le droit international bafoué afin de pourfendre ce qu’ils considèrent la coupable agression américaine et israélienne. Ce faisant, ils sont au mieux les témoins passifs d’un gouvernement de fanatiques religieux ayant la charia comme unique ligne d’horizon. Droit international disent-ils ? Mais alors pourquoi ne pas souffler mot sur le blocus illicite et arbitraire du détroit d’Ormuz par les Pasdarans ? Pis encore, ces justiciers partiaux furent muets comme des carpes quand le guide suprême et ses complices firent planer la menace de couper les câbles sous-marins, privant ainsi d’Internet une grande partie de la planète ? Ces censeurs perdent en corollaire toute crédibilité lorsqu’ils qualifient un conglomérat terroriste de mouvement de résistance « victime d’un massacre de masse ». Ils mettent sous un tapis, dont on ne sait s’il est persan, que ces individus veulent s’emparer d’un territoire allant du fleuve à la mer. En clair, rayer de la carte Israël. Et sans qu’il faille en rajouter plus que nécessaire, quelques voix peu audibles refusent la mansuétude envers Poutine, qui tente de conquérir la démocratique Ukraine. Tout en livrant en catimini armes et munitions aux dirigeants iraniens. Ce tableau clair-obscur n’a que faire de jugements utilisés par certains chefs de partis hexagonaux pour servir leurs intérêts politiciens. Bien sûr ces affrontements ont des répercussions sur l’économie. Et nos vies quotidiennes. Mais doit-on pour autant adhérer aux assertions de ceux qui feignent de confondre origines et effets. Causes et conséquences ?

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