AU PAYS DES PAONS, DES CHÈVRES NUSTRALE ET DES PORCHI RANGER: BALADE EXOTIQUE ET RUSTIQUE DANS L’EXTRÊME SUD

Installée à Piscia depuis une trentaine d’années, la famille Finidori a donné vie à un domaine né d’une véritable aventure familiale. À l’origine de ce projet, Marc Finidori, originaire de Figari, choisit de revenir s’installer dans l’extrême Sud de la Corse après avoir vécu à Marseille et une première expérience agro-pastorale à Bastelica. Il y rencontre celle qui deviendra son épouse. Au début des années 1990, les terres qui composent aujourd’hui le domaine appartiennent encore à plusieurs familles du village. Marc hérite alors de parcelles situées en contrebas et imagine un projet particulièrement novateur pour l’époque: développer une activité d’agrotourisme avec la création de chambres d’hôtes intégrées à une exploitation agricole vivante. Au fil des acquisitions et des travaux, le domaine prend forme puis ne cesse de grandir.Trente ans plus tard, l’esprit imaginé par Marc Finidori demeure intact: un lieu enraciné dans son territoire, mêlant accueil, transmission et valorisation du patrimoine rural corse.

Par Vannina Angelini-Buresi

Une histoire de famille qui commence par F
Spartenu u listessu ADN: A tarra
F comme famille, mais aussi comme Finidori pour qui l’aventure se poursuit avec la lettre M. Après le père, Marc ce capraghju expérimenté, descendu de Bastelica, se réapproprie son territoire, la relève est assurée. Mattéo, qui a fait ses classes au lycée agricole de Sartène, a choisi de suivre les pas de son père, et de cultiver son héritage. Extraire jusqu’à faire couler le jus, fruit de sa terre, de son travail et du soleil qui murit et colore chaque année les grappes de ses vignes, est devenu son objectif. Le dernier du clan Finidori, pour qui la viticulture n’a plus de secrets, propose également une découverte autour des cépages qu’il a choisis de planter, tels que le Carcaghjolu, le Sciaccarellu, Niellucciu, ou encore le fameux blanc Vermentinu. À l’intérieur de ses vignes, les saveurs du vin sont déjà palpables et pour être fixé, une petite dégustation de ses différentes cuvées s’impose dans les caves du clos Finidori. Plus de trois hectares de vignes surplombent aujourd’hui le golfe de Vintilegna, et le fruit de ce sapè fà bénéficie aujourd’hui du label bio. Il se décline dans les trois couleurs proposées sur de nombreuses tables et épiceries spécialisées mais avant tout sur la table du domaine.

Une agriculture diversifiée, un pari fou Mischià l’allevi, sfruttà a tarra
À 350 mètres d’altitude s’étend l’exploitation de la famille et depuis plusieurs années, c’est Maxence le fils aîné, éleveur bovin qui après s’être formé au lycée agricole de Borgu, s’installe à son tour pour enrichir et étoffer la production domaniale. Il y élève plus de 200 porchi di razza nustrale et rejoint ainsi la table de la ferme auberge familiale de Piscia.

Une installation pour le moins originale Mudernizà ma primurà si
Le premier fils Finidori est attiré depuis l’âge de 12 ans par l’élevage. Après s’être installé en ovin, il occupe 60 hectares pour y élever ses cochons de race nustrale et ainsi proposer sa charcuterie AOP. Dans un caseddu fidèle à une ancienne construction, une boutique est installée à l’entrée du domaine. Elle est gardée par deux porcelets apprivoisés, qui ne font pas seulement la joie des enfants qui pénètrent dans les lieux. Purcastri neri neri, marque de reconnaissance de la race, animent le parvis de la boutique spécialisée et apporte une touche folklorique.

Une dégustation dans sa cave souterraine, A cantina à prisuttu, cave d’affinage où se superposent décor antique et ambiance manoir. Cette pièce voûtée et abritée par des pierres de taille propose un lieu intimiste qui peut également être privatisé pour des évènements. Ce Purcaghju passionné ne fait pas uniquement découvrir son produit dans ces lieux. Voulant sans cesse rappeler que les qualités exceptionnelles qu’il dégage sont issues de son élevage, il propose une activité ludique et pour le moins attractive en totale immersion. Les saveurs de sa charcuterie, son label, sont autant d’explications données au cours d’une visite guidée d’environ 2h30 en buggy. « U Porcu Ranger », c’est la marque de son produit touristique. C’est une balade atypique avec une découverte du domaine et de ses exploitations agricoles variées. Promenade dans les vignes, présentation de ses cochons et salutations aux chèvres sont au programme sur le parcours qui finit sur les hauteurs du domaine, pour un Spuntinu ; une pause attendue, tant appréciée.

Touche féminine en plein cœur du maquis: M comme Marie
E capre corse, u principiu
Marc le berger, le chevrier qui a effectué

son retour aux sources et fondé sa famille, a commencé avec des chèvres sur le plateau. Il a fabriqué son fromage qu’il proposait à la vente lors d’une tournée avec sa propre voiture. Il a depuis construit et transmis notamment à sa fille, la jeune maman Marie, cet amour pour la terre et les savoir-faire ancestraux. Elle aussi comme ses frères est passée par le lycée agricole de Sartène, avant de s’installer avec ses chèvres corses et des chevaux qui la passionnent depuis petite. Elle propose un service de gardiennage ainsi qu’un petit centre équestre. À l’extrémité de sa fromagerie sont isolées, i so paigliaghji abritant les plus belles, ses stars, les chèvres. Le patriarche a donc pu enfin passer la main après avoir pris soin de décorer lui-même ses six chambres d’hôte, atypiques elles aussi, à l’architecture harmonieuse en pierre de taille. Une décoration intérieure aux couleurs indonésiennes, élaborée à partir de matériaux rapportés au cours de ses voyages à Bali. Une fois les chambres décorées, les enfants installés, la fabrication du brocciu et du fromage enseignée à Marie, l’hôte de A Piscia ne pouvait pas si tôt s’abandonner à l’oisiveté. Il développe donc aujourd’hui une ferme abritant plusieurs espèces de poules, d’oiseaux et de paons.

Jamais à court d’idées, Marc ne cesse d’enrichir et de développer les nombreuses activités proposées.

Un cadre à couper le souffle
Difende è prutteghje ma valurizà
La piscine, ses extérieurs aménagés, placés sous le regard bienveillant de l’Omu di Cagna, offrent une vue époustouflante sur la baie de Figari et viennent sublimer ce cadre pittoresque. Pour compléter ce lieu de vie, la ferme-auberge demeure une adresse incontournable, réputée bien au-delà de la région. Aux côtés de Marc, Christine veille avec attention à faire vivre cette maison familiale et à accompagner toute l’effervescence qui anime aujourd’hui le domaine; elle officie toujours en toute discrétion en cuisine. Discrète certes mais elle affiche fièrement à l’entrée de sa table, une distinction de « maître restaurateur », reconnaissance importante d’un travail qu’elle maîtrise. Il n’y a rien d’étonnant à la retrouver arborant sa toque de chef, au fond de la cuisine, elle supervise, réalise et vérifie.

U fucone est la pièce centrale de la salle de restaurant, celle où mijote comme à l’antica, a suppa, celle où cuisent lentement cabris de Marie et pièces de porcs ou veaux de Maxence. L’âtre central qui fait la différence ravit les palais et aiguise les appétits. Du fait maison, des matières premières passées directement de la ferme à l’assiette rythment les menus saisonniers proposés par Christine. Vinu, Robba Purcina è brocciu in AOP, casgiu di latte caprunu di capre Corse, stanze lussuose, caseddi in petra antichi, un duminiu riccu assai. Locu piattatu, alluntanatu è richjusu ma à tempu apartu sopra à Figari è à Vintilegna, chì parmette tamanta vista. U Duminiu A Piscia, prupone prudotti casani, risponde à u cartularu di a marca «Bienvenue à la Ferme », un’aiutu in più, una ricunniscenza sicura, dà valurizà è fassi cunnosce di i stranieri è i corsi. «Bienvenue à la Ferme» hè dinò una pruttezzione è una guarantia, una reta d’aiutu. Un mudellu d’agriturisimu è «oeenotourisme», chì ferma à sviluppà ind’è noi, chì parmette à tempu di travaglià è mette in vallu tradizione, cultura è patrimoniu, da difende, salvà è tramandà sapè fà.

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