Marie-Hélène Andrei, l’audace du large
Vétérinaire, navigatrice et entrepreneure accomplie, Marie-Hélène Andrei incarne une trajectoire rare, guidée par la passion, l’exigence et la générosité. De sa clinique ajaccienne aux ponts de ses catamarans, elle n’a jamais cessé d’avancer fidèle à sa philosophie : faire les choses avec cœur sans craindre de changer de cap.
Une vocation menée à pleine intensité
Chez Marie-Hélène Andrei, tout commence par une évidence : l’énergie débordante et la passion qui semblent guider chacun de ses choix. « On n’a qu’une vie. Il faut en profiter à fond. », dit-elle avec le sourire. Née à Ajaccio, elle a grandi aux côtés de son frère, entre un père médecin et une mère infirmière qui les ont toujours poussés avec bienveillance à se surpasser. Très tôt, sa passion pour les animaux l’a conduite à devenir vétérinaire. Après huit années d’études exigeantes entre Toulouse et Maisons-Alfort, elle choisit de revenir en Corse où elle exerce durant quelques années en tant que salariée, avant de créer en 2015 sa propre clinique. « Un défi de taille ! », raconte-t-elle. « Je l’ai créée toute seule, il n’y avait que des parpaings… », se souvient-elle, évoquant les débuts, et les meubles fabriqués avec son père. « J’avais 29 ans. J’ai commencé seule avec une assistante vétérinaire à temps partiel, et ma mère qui m’aidait ; d’ailleurs tout le monde croyait que c’était elle la vétérinaire ! », raconte-t-elle avec un sourire. Et le succès est rapide, presque fulgurant. L’équipe grandit et la clinique va très vite se développer pour atteindre en quelques mois jusqu’à neuf collaboratrices.
Quand la passion devient trop lourde
Cette réussite résulte d’une implication totale. « Ce métier me plaisait, c’était vraiment une passion. J’ai énormément travaillé : entre les consultations, la chirurgie, il fallait aussi réconforter, gérer les urgences… J’y passais beaucoup de temps, ce qui me valait d’être appréciée. Mais la charge mentale était énorme. Il me fallait parfois jusqu’à deux jours pour parvenir à relâcher la pression ! » Une intensité qui peu à peu va devenir un poids. « J’avais la sensation que je n’avais plus de vie. Je me suis rendu compte que je n’étais plus Marie-Hélène Andrei… j’étais devenue docteur Andrei. » Et bientôt, un sentiment qui émerge : l’envie de tout arrêter. De tourner la page. Et le désir d’un nouveau projet : « J’avais envie de redévelopper une entreprise. »
C’est une proposition de rachat pour la clinique qui va alors lui offrir de franchir le pas et d’amorcer un véritable virage professionnel.
« Ma plus grande fierté, c’est d’avoir eu le courage de partir. Après quatorze ans d’exercice, c’était une décision difficile ! » Partir en effet n’était pas anodin. C’était renoncer à un statut, à des années d’études, à une reconnaissance sociale forte. « Quand on dit que je suis vétérinaire… on me bombe le torse. Dire que je suis monitrice de voile, c’est différent. » dit-elle sans détour, consciente du regard que la société porte sur les trajectoires.
L’appel du large
Car pendant ces années, une autre passion, pour la mer, s’est installée en parallèle de sa vie de vétérinaire. Et alors que sa seule expérience se limitait au petit bateau à moteur de son père, déjà elle rêvait d’un tour du monde à la voile. « Je ne sais pas pourquoi, j’étais attirée par la voile… pour son côté nature, cette harmonie avec les éléments. » C’est nourri par ce rêve que lorsque le moteur du bateau familial rend l’âme, elle achète un voilier de dix mètres entièrement à retaper, alors même qu’elle ne sait pas vraiment naviguer. Elle apprend seule et expérimente les premières sorties en mer « J’ai pris des cartons… des cartons… » Elle persévère mais comprend qu’elle doit se former pour progresser. « Au début, je n’allais pas très loin, je faisais des ronds dans le golfe d’Ajaccio. Pendant deux ans à chaque sortie, j’avais une boule au ventre, c’était terrible, mais ça me plaisait tellement par ailleurs ! Puis au bout de deux ans, j’ai dit stop ! Là c’est trop dangereux, il faut que je me forme. J’ai réalisé que la sécurité de mes amis était en jeu, j’ai donc décidé de prendre des cours, et là j’ai trouvé ça génial ! Et au fil du temps, je me suis dit que serait probablement ma reconversion professionnelle, que je pouvais tenter la location de catamarans… »
Comme pour la clinique, elle avance alors sans vraiment tout maîtriser. Fidèle à elle-même, elle applique sa méthode : avancer prise par prise, comme pour l’escalade, sans se laisser impressionner par le sommet. « Si j’avais eu conscience de tout ce que ça impliquait, je n’aurais peut-être pas osé. »
Entreprendre, autrement
La transition se fait donc progressivement. En 2022, tout en pensant arrêter la clinique, elle investit dans deux catamarans, un Lagoon 40 et un Lagoon 42, qu’elle met dans un premier temps en gestion locative pour tester le modèle économique, et prépare un monitorat pour pouvoir enseigner la voile sur des bateaux de croisière. « Dans le même temps, j’ai commencé à développer mon site Internet. Et j’avais toujours mon petit voilier sur lequel je m’amusais, à titre personnel… » En 2024, son monitorat voile croisière validé, elle lance pleinement son activité. Deux structures, ISULA AVENTURE dédiée à la location et ISULA VOILE FORMATION dédiée à la formation sur catamaran et voilier habitable, voient le jour. Une nouvelle vie aussi. Avec là encore son lot de défis techniques, logistiques et humains. « On ne peut pas imaginer une seule seconde ce que ça implique de louer des catamarans.
Chaque détail est incroyable… c’est énorme ! » Mais elle retrouve ce qui l’anime profondément : entreprendre. « Je pense que je voulais retrouver le frisson que j’avais eu quand j’ai ouvert la clinique. » Et surtout, elle retrouve le sens du lien. « J’avais peur de faire un métier moins humain… mais on peut faire de l’humain partout. Dans l’accueil, dans la formation, dans l’accompagnement. » Et de poursuivre « J’avoue que je préfère la formation à la location. Je trouve que ça peut permettre de donner confiance à des gens. Surtout en étant sur des unités comme ça. Encore plus quand j’ai des femmes à bord. Parce que souvent les femmes ont un peu moins confiance en elles. J’ai envie de leur dire que c’est possible. » Et toujours de faire preuve d’une grande exigence dans l’attention portée aux détails. « C’est peut-être la raison pour laquelle ça marche. Il n’y a que deux bateaux que je bichonne. J’ai toujours des retours de gens qui me disent qu’ils sont dans un état impeccable. Mais je préfère ne pas gagner d’argent que de savoir qu’une personne risque un problème pendant son séjour. »
La bienveillance comme cap
Cette attention portée aux autres est chez elle une constante ; qu’il s’agisse de soigner des animaux ou d’accompagner des navigateurs, la ligne de Marie-Hélène Andrei reste la même : prendre soin. Elle transmet, encourage, valorise… Montre que la technique, la mer, la prise de décision ne sont pas réservées à quelques-uns. Cette bienveillance, elle l’exprime aussi dans des gestes forts autant que discrets. Comme les croisières qu’elle a offertes à des femmes atteintes d’un cancer. « J’ai envie d’allier travail, passion et un côté humain. Je rends service. Si on était tous à faire un travail qui plaît, tout le monde irait beaucoup mieux. » dit-elle simplement.
Vivre pleinement, jusqu’au bout
Et puis il y a la mer, toujours. Les traversées, les rencontres, les moments suspendus. Et d’évoquer une traversée réalisée en 2024 : « J’ai traversé l’Atlantique à la voile. Gibraltar, Canaries, Cap Vert. J’étais invitée. On était 8 sur le bateau. Il fallait faire les quarts de nuit. C’était un des plus beaux souvenirs de ma vie alors qu’au départ je m’étais dit que je n’allais jamais pouvoir rester enfermée sur un bateau pendant un mois. Et en fait, j’ai trouvé ça génial. On est obligé de se calmer et de regarder la mer. Je n’avais jamais remarqué qu’il y avait autant de couleurs. À l’approche de la Martinique, les premiers grains dans le ciel… Et les nuits sans lumière, les étoiles dans le ciel… et dans l’eau avec la bioluminescence du phytoplancton. C’était tellement beau ! J’en ai des frissons ! » Et d’ajouter : « C’était le mois où j’ai le plus vécu dans ma vie. »
Aujourd’hui, elle parle de ralentir. Un peu. « Je vais essayer de me calmer », sourit-elle. Mais les projets sont là : un tour du monde bien sûr, et peut-être un pont entre ses deux univers de prédilection, vétérinaire et maritime, en les conjuguant pourquoi pas dans des expéditions scientifiques ?
Au fond, la parcours de Marie-Hélène Andrei raconte une chose simple, mais essentielle : le courage de prendre le risque d’un changement. « Le changement fait peur… mais ne pas changer, c’est le risque d’être malheureux toute sa vie ! » dit-elle. Elle n’a pas seulement changé de métier. Elle a choisi de rester fidèle à ce qui la fait avancer : la passion, les autres, et cette irrépressible envie d’aller voir plus loin.

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