MIRA, l’excellence comme ambition

Après deux années de cycle préparatoire, MIRA accueille depuis la rentrée sa première promotion en cycle ingénieur. Une étape majeure rendue possible notamment grâce au co-investissement de FemuQuì et de la Banque des Territoires, Groupe Caisse des Dépôts, à hauteur de 2,4 millions d’euros. À travers cet engagement, c’est un pari sur l’avenir qui se dessine : faire émerger en Corse, un pôle d’excellence euro-méditerranéen en robotique et intelligence artificielle au service des talents, des entreprises et du territoire.
Par Caroline Ettori
La rentrée 2026 marque un tournant pour MIRA. Deux ans après avoir accueilli ses premiers étudiants, l’école complète désormais son cursus avec un cycle ingénieur soit trois années supplémentaires pour former de nouvelles recrues particulièrement attendues par les entreprises. Les étudiants entrés en 2024 vont ainsi poursuivre leur formation tandis que l’établissement accueillera directement en troisième année de nouveaux élèves admis sur concours, issus de classes préparatoires, licences et bachelors. En tout 20 places sont disponibles et le co-fondateur et directeur de MIRA, Benjamin Pereney, a bon espoir d’en attribuer plus de la moitié malgré la problématique démographique des filières scientifiques.
Petit retour en arrière. Au début des années 2010, les fondateurs du CampusPlex font face à une pénurie de profils informatiques de niveau Bac+5 en Corse. Partant du principe qu’un développement économique ne peut se concevoir sans capacité d’innovation, ni l’innovation sans une concentration de savoir-faire, Sébastien Simoni conceptualise l’idée d’une école d’ingénieurs en robotique. C’est une vision qu’il portera dès sa nomination à la présidence de FemuQuì en 2015. En 2021, le centre de formations Aflokkat s’empare de cette vision et structure le projet autour d’alliances stratégiques avec des acteurs du monde de la tech, du secteur économique et de la formation. MIRA, acronyme de Mediterranean Institute of Robotics and Automation, est lancé en 2023 et réalise l’exploit d’être la seule nouvelle école accréditée par la Commission des Titres d’Ingénieur (CTI) en France et reconnue par l’État début 2026.
Une formation pensée pour les besoins de 2030
Le choix des spécialités proposées par MIRA ne doit rien au hasard. « Quand vous créez une école d’ingénieur, vous ne réfléchissez pas à 3 ans mais plutôt à 10 ans. L’enjeu est donc de former aujourd’hui des ingénieurs capables de répondre aux besoins du marché à l’horizon 2030 », souligne Benjamin Pereney. L’exemple le plus parlant est peut-être la révolution de l’intelligence artificielle. Encore confidentielle en 2020, cette technologie est désormais incontournable et omniprésente. « Nous sommes convaincus que l’avenir de l’IA ne se limitera pas aux usages numériques mais passera par son interaction avec le monde physique. Et c’est là que la robotique entre en jeu. »
Le cycle ingénieur s’articule ainsi autour de deux grands axes : l’intelligence artificielle appliquée à la robotique mobile et la robotique centrée sur l’humain, avec des applications dans les domaines médical, social ou encore dans les services.
Si les deux premières années sont consacrées à l’acquisition des fondamentaux scientifiques, les trois années suivantes changent de logique. « Les A3, A4 et A5, se concentrent sur l’application et la mise en place des connaissances théoriques dans un environnement réel. » Au cours de leur formation, les étudiants réaliseront une vingtaine de projets répondant aux besoins des entreprises partenaires. Robotique, intelligence artificielle, systèmes embarqués ou développement d’outils numériques deviennent alors des terrains d’expérimentation. La relation avec les entreprises constitue d’ailleurs l’un des piliers du modèle MIRA. Plusieurs entreprises collaborent aujourd’hui avec l’établissement parmi lesquelles la Sitec, GoodBarber, Corse Composites, la Biscuiterie d’Afa ou encore le Domaine Sant Armettu et la start-up Missia consacrée au maintien à domicile des seniors.
Une montée en puissance accompagnée par une nouvelle organisation
En outre, l’ouverture du cycle ingénieur s’inscrit dans une transformation plus large de MIRA. Depuis le début de l’année 2026, l’école MIRA a pris ses quartiers au sein du tout nouveau bâtiment du CampusPlex 2.0 à Ajaccio. Ce lieu unique regroupe désormais sur un même site l’école, des entreprises de la tech et des financeurs. Un rapprochement scellé par une levée de fonds inédite annoncée en juin dernier. Deux investisseurs institutionnels, FemuQuì et la Banque des Territoires se sont unis au sein du capital de la société Aflokkat-MIRA. Ce tour de table inédit de 2,4 millions d’euros vise à accompagner l’émergence de l’école d’ingénieurs MIRA comme pôle d’excellence euro-méditerranéen en robotique et en intelligence artificielle. Au-delà de l’apport en capital, l’investissement s’accompagne d’une refonte de la gouvernance avec une entrée de ces institutions au Conseil stratégique de l’école. Avec un objectif : ancrer l’exigence académique et la promesse pédagogique au cœur du pilotage de l’entreprise.
Pour FemuQuì, cet engagement s’inscrit dans une relation construite sur le temps long. Entré une première fois au capital en 2017, l’investisseur a accompagné les différentes étapes du développement de l’établissement, depuis les premières formations jusqu’à la création de l’école d’ingénieurs. « Les porteurs de projets, le facteur humain, comptent énormément. Benjamin Pereney avait une vision, mais aussi un écosystème autour de lui. Aujourd’hui, on retrouve tous les ingrédients qui donnent du sens à notre investissement sans parler des effets induits dans le secteur de l’entrepreneuriat et de l’innovation en Corse », précise Ghjuvan’Carlu Simeoni, gérant et dirigeant de FemuQuì Ventures.
Pour la Banque des Territoires, l’investissement fait sens à plus d’un titre. « Nous intervenons autour de trois grands piliers : la cohésion sociale et territoriale, la transformation écologique et les enjeux de souveraineté, notamment industrielle et numérique. MIRA répond à plusieurs de ces priorités. La formation est essentielle parce qu’elle prépare le capital humain de demain, et elle doit pouvoir se développer aussi dans des villes moyennes, pas uniquement dans les grandes métropoles. En parallèle, les enjeux liés à l’intelligence artificielle et à la robotique sont au cœur des questions de souveraineté numérique sur lesquelles nous sommes mobilisés », souligne Sophie Hardouin, Directrice régionale Corse de la Banque des Territoires.
Pour Benjamin Pereney, cette nouvelle gouvernance constitue un changement important dans la vie de l’entreprise. Une évolution qu’il considère comme une étape nécessaire pour accompagner les ambitions de l’école : « Si on aspire à devenir une école de référence au niveau international, cela passe par une structuration, une mise à l’échelle qui nécessite des moyens supplémentaires, mais aussi une organisation plus solide. »
Erasmus+, partenariats universitaires et mobilité internationale
MIRA a obtenu sa charte Erasmus+ et ses premières bourses Erasmus+, permettant aux étudiants de financer leur mobilité. L’école travaille également à la construction de partenariats avec plusieurs établissements étrangers en Italie, en Espagne, en Belgique, en Angleterre mais également au Maroc et au Sénégal.
L’objectif est double : permettre aux étudiants corses d’effectuer une partie de leur cursus à l’étranger, mais aussi accueillir des étudiants internationaux. En outre, la mobilité concerne également les enseignants ; des échanges réguliers sont organisés notamment avec l’ESTIA au Pays basque, partenaire historique et véritable référence pour MIRA.
Pour l’école, la volonté de former sur l’île de nouveaux profils scientifiques ouvre également une autre perspective : celle d’une Corse davantage connectée aux trajectoires internationales. MIRA participe ainsi à faire évoluer la place du territoire dans l’enseignement supérieur. L’enjeu n’est plus seulement de permettre aux étudiants corses d’accéder à des formations d’excellence, mais aussi de faire de l’île un point de rencontre entre des parcours venus d’horizons différents, au sein d’un espace euro-méditerranéen où circulent les savoirs, les compétences et les projets.
Filières scientifiques : le défi de l’attractivité
MIRA compte aujourd’hui 220 étudiants répartis entre ses différents parcours : ingénieur, informatique, marketing et médico-social, dont 25 élèves ingénieurs sur les deux premières promotions. L’établissement ambitionne d’atteindre 400 étudiants à l’horizon 2030, dans un contexte national marqué par une difficulté croissante à attirer des profils vers les formations scientifiques et technologiques.
Cette problématique concerne également la place des femmes dans ces filières. Sur le cycle ingénieur, elles représentent actuellement environ 20% des effectifs. Pourtant, une fois intégrées à l’école, leurs résultats sont particulièrement solides : plusieurs étudiantes figurent parmi les meilleures des promotions. Afin d’encourager davantage de candidatures féminines, MIRA a notamment adapté ses critères d’attribution des bourses d’excellence.
Les 24 Heures de l’innovation
Les 8 et 9 octobre à Ajaccio, MIRA organisera une nouvelle édition de ce challenge qui réunit plus de 200 étudiants issus d’écoles et de formations différentes. L’ESTIA, Sud Design, des élèves de BTS ou encore de l’ISEN Toulon ont déjà participé à l’événement. Réunis au sein d’équipes mêlant les profils et les établissements, les étudiants travailleront pendant 24 heures sur des problématiques concrètes proposées par une vingtaine d’entreprises. Cette année, des participants italiens et belges sont également attendus.
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