La nouvelle campagne des Restos du Cœur 2A
Cet hiver, les Restos du Cœur ont officiellement lancé leur 41e campagne. Une nouvelle fois, l’association est pleinement mobilisée pour affronter une réalité sociale qui ne cesse de se durcir. En Corse-du-Sud, si la situation est similaire à l’an passé, les signaux d’alerte sont toujours plus visibles.
Par Caroline Ettori
Certains chiffres ne mentent pas. Après avoir accompagné plus de 2 600 personnes l’année dernière, le président des Restos du Cœur de la Corse-du-Sud, Jean-Marie Carli s’attend à un nombre équivalent pour cet hiver 2025/2026. « Nous avons déjà reçu plus de 600 familles sur l’ensemble du département, nous allons leur apporter notre soutien mais ce n’est vraiment pas rassurant. » D’autant plus que les conditions d’accès à l’aide alimentaire des Restos du Cœur ont été resserrées. Une décision nationale difficile mais nécessaire pour préserver l’activité de l’association et de ses antennes en région. « Cette mesure a été rendue indispensable par l’augmentation du nombre de demandes et la baisse des ressources disponibles. Nous ne pouvons pas aider tout le monde » déplore Jean-Marie Carli qui rappelle que les demandes sont étudiées par des bénévoles formés. Des équipes sont dédiées à l’inscription et à l’instruction des dossiers. Elles évaluent les situations en fonction essentiellement du reste à vivre et non pas du revenu. Une procédure rigoureuse qui n’empêche pas de traiter les demandes avec tolérance et humanité.
La Corse, chère région
La pression sociale est particulièrement forte sur l’île. La Corse est la région de métropole où le taux de pauvreté est le plus élevé, environ 18,3% de la population vivent sous le seuil de pauvreté. Dans le même temps, le coût de la vie et notamment de l’alimentation y est supérieur à la moyenne nationale, jusqu’à 14% de plus selon les observations faites par Jean-Marie Carli. Dans ce contexte, la précarité revêt un visage bien connu des équipes : 22% de familles monoparentales parmi les personnes accueillies et 60% de personnes seules. L’association relève aussi qu’une majorité du public a moins de 25 ans.
Une action adaptée aux spécificités de l’île
Si l’organisation se conforme au cadre d’action national, elle a dû innover pour répondre aux contraintes insulaires. La principale étant la couverture du rural. Cette réalité logistique a conduit la délégation corse à développer des pratiques originales inspirant même les autres régions.
La plus emblématique : son service itinérant, pionnier en France. Plutôt que d’installer une antenne dans chaque village, les bénévoles se déplacent directement chez les personnes isolées dans les zones rurales. « Ici, c’est plus discret : on livre les personnes directement à domicile », explique Jean-Marie Carli. En Corse-du-Sud, les régions du grand Ajaccio et de l’Extrême-Sud sont desservies une fois par mois. Au-delà de la simple distribution de colis alimentaires, les bénévoles s’efforcent de maintenir le dialogue avec les bénéficiaires et de les orienter vers d’autres organismes sociaux si nécessaire.
Aux Restos, l’aide alimentaire ne représente qu’une partie de l’activité de l’association. Elle propose également des actions ciblées : lutte contre l’illettrisme, cours de français, ateliers pour renforcer l’estime de soi, accès au microcrédit, au droit, à la culture… L’un des projets récents les plus marquants a été le départ en vacances de 11 familles monoparentales, rendu possible grâce à l’engagement d’une bénévole. « C’était très émouvant parce que les familles nous ont envoyé des photos de leurs vacances, elles ont voulu partagé ce moment avec nous. Cela nous a fait très plaisir. »
La proximité au cœur
À Ajaccio, le centre se situe dans l’ancien collège des Padules, devenu Maison des Associations. La responsable Marie-Françoise coordonne l’antenne depuis deux ans. Bénévole depuis onze ans, elle a progressivement pris des responsabilités, comme beaucoup au sein de l’organisation : « On donne un peu de temps et on se retrouve vite embarqué », résume-t-elle.
Le centre se veut un lieu d’accueil avant tout. Un coin café permet aux personnes reçues de s’installer, de discuter, de souffler un instant. Cette atmosphère chaleureuse fait partie intégrante du travail de l’équipe. « Passer le seuil n’est pas facile », confie la responsable. Mais les bénévoles sont aux côtés des bénéficiaires à chaque étape.
Après l’inscription et l’évaluation de la situation et de la composition du foyer, une dotation en repas est attribuée. Par exemple, une personne seule peut « bénéficier » de 7 repas, un foyer de deux de 10 repas, une famille de 3 personnes de 15. Côté épicerie, les bénévoles accompagnent les bénéficiaires durant la distribution des ingrédients nécessaires à la composition de ces repas, des menus équilibrés respectant la cohérence nutritionnelle. Mais cette distribution est aussi un moment pour rassurer et repérer d’autres besoins qui dépassent la seule question alimentaire.
Les nerfs de la guerre
Opérationnels toute l’année, les Restos du Cœur redistribuent la quasi-totalité de ce qu’ils reçoivent. Des procédures minutieuses, contrôlées par la Cour des Comptes au niveau national, garantissent une gestion exemplaire et transparente. Ce fonctionnement participe sans aucun doute à la relation de confiance qui unit les Restos et leurs partenaires. Collectivités locales, État, mécènes professionnels ou particuliers, l’effort est collectif. « Nous nous sentons soutenus même si on peut toujours améliorer les choses », précise Jean-Marie Carli. Parmi les difficultés rencontrées par le monde associatif, le versement tardif des subventions qui implique une avance de trésorerie et donc un déséquilibre financier pour certaines structures. Et les appels à projet désormais privilégiés par les acteurs publics qui créent une forme de concurrence entre les associations et peuvent limiter les initiatives et les innovations.
Conscient de la position « privilégiée » des Restos du Cœur, Jean-Marie Carli se veut solidaire des autres associations du secteur et rappelle que toutes les aides sont bonnes à prendre. « Nous sommes preneurs de fonds, de denrées… Dernièrement, nous avons renouvelé notre convention de mécénat avec Corsica Linea pour trois ans et nous en sommes très heureux. »
Les Restos du Cœur sont également en quête de nouvelles énergies. Forte d’environ 200 bénévoles, la délégation de Corse-du-Sud cherche en permanence à renforcer ses équipes. Aucun prérequis n’est nécessaire : seule compte l’envie de s’impliquer. « Certains bénéficiaires deviennent eux-mêmes bénévoles, une manière de se sentir utiles. C’est toujours gratifiant », rappelle Marie-Françoise qui ajoute « sans les bénévoles, rien ne serait possible ».
Une mission devenue indispensable
À Ajaccio comme dans le reste du territoire, le constat est le même. Cette aide alimentaire pensée à l’origine comme un soutien temporaire, tend à devenir une étape quasi institutionnalisée pour un nombre croissant de familles. « Les gens sont étonnés par notre niveau d’organisation », note Marie-Françoise. Une « grosse machine », dit-elle, qu’on aurait souhaité voir disparaître, mais dont l’utilité ne faiblit pas. Sur une île où les fragilités sociales fracturent chaque jour un peu plus la société, la solidarité reste plus que jamais indispensable.
+ d’infos :
La Corse-du-Sud compte trois centres à Ajaccio, Propriano et Porto-Vecchio et deux dispositifs itinérants dans l’Extrême-Sud et dans l’arrière-pays ajaccien.
Tél. 04 95 26 34 70
Email : ad20a.siege@restosducoeur.org
La Haute-Corse compte des centres d’activité à Bastia, Calvi, Corte, Ghisonaccia et Moriani.
Tél. 04 95 58 28 25
Email : ad20b.siege@restosducoeur.org

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