Imaginaire

Stella, héroïne éco-responsable

La création littéraire et l’imagination participent à l’éducation à l’environnement. C’est la conviction de Jean-Louis Pieraggi, agent au sein de l’Office de l’environnement de la Corse et désormais aussi conteur. Pour le plaisir des jeunes et des moins jeunes aussi.

Par Véronique Emmanuelli 

Jean-Louis Pieraggi, agent au sein de l’Office de l’environnement de la Corse passe une part de son temps à sensibiliser les plus jeunes, à la beauté et à la préservation de la faune, de la flore, et aux défis d’un monde que les générations précédentes n’imaginaient pas ; le réchauffement climatique, les épisodes météo extrêmes, l’épuisement des ressources naturelles. Parce que la sauvegarde de l’environnement est aussi une question d’éducation. On détruit, on pollue, le plus souvent par ignorance. 

De toute évidence, les enfants représentent, en plus, un excellent public. Ils montrent l’exemple, portent le débat à la maison, en attendant d’être des adultes demain. Pour éveiller les curiosités, susciter des engagements, l’agent de l’ONF a établi un nouveau plan d’action en s’orientant vers la création littéraire et en se mettant dans la peau du conteur.

C’est ainsi que l’éducation à l’environnement est devenue Les enfants de Pandora, L’étoile et la mer, publié aux éditions Albiana. Cette fois Jean-Louis Pieraggi privilégie la fantaisie, sollicite les imaginaires tout en campant dans un décor qui ressemble à bien des égards au nôtre. Car d’entrée, l’intrigue embrasse une multitude de thématiques ; les embardées climatiques, les lanceurs d’alerte, les incendies géants, la destruction massive des espèces, les dérèglements sanitaires avec, en toile de fond, l’émergence d’épidémies nouvelles, ou encore l’aveuglement des hommes. 

Nocturne en mer

Dans ce paysage où les embûches se succèdent, l’auteur a inséré Stella, la jeune étudiante en « sciences de la nature » à l’université de Corse, mélange de puissance et de fragilité, d’évanescence et de présence. Son énergie, son enthousiasme, sont palpables à chaque instant, au point de transformer chaque journée en une fresque virevoltante. Mais le dynamisme dont elle a le secret, son intuition aiguë agissent de drôle de façon dès que l’obscurité l’emporte. « Elle fait des rêves très étranges la nuit qui la conduisent à vivre des aventures exceptionnelles », confie l’auteur. 

À son programme nocturne, figure une escapade en mer assortie d’une rencontre pour le moins surprenante avec un petit groupe de dauphins, un face-à-face avec une meute de chiens et une horde de loups au fin fond de la montagne. Les nuits de Stella mènent encore à de gigantesques oiseaux, à des hommes qui portent des enfants dans les bras ou à un berger qui presse un peu trop le pas à travers la forêt. Les équilibres qui vacillent génèrent de l’angoisse, de l’excitation mais aussi une envie de comprendre un peu mieux ce que l’on croit voir.

Berger solitaire 

Stella, toute en tensions, sent des instants propices, inéluctables encore, afin de saisir des enjeux planétaires. Au fil des pages, certains sentiments mystérieux, tenaces sont distillés par Mattea, la tante, « veuve depuis de longues années » et qui « gardait dans son regard un léger voile de tristesse qui n’arrivait pas, toutefois, à ternir sa gaîté naturelle ».

Elle tient l’auberge familiale au bord de la rivière dans la vallée de la Restonica. Elle a la particularité de « communiquer avec les arbres et les animaux ». Sur la trajectoire de l’étudiante se greffe encore le visage de Baptiste, le berger, dont la vie est réglée par la montagne, la solitude ou encore une belle flambée dans la cheminée de sa maisonnette, au milieu de nulle part. Sa conception du cours des choses. Il en est sûr, « il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rendez-vous ». Il a sans doute aussi quelques messages à délivrer. Son histoire personnelle suffirait d’ailleurs, à elle seule, à nourrir bien des fantasmes. 

Enjeux de notre temps 

Au fil des pages, l’étudiante chemine toujours aux côtés du professeur San Marco. De Corte, à la Restonica, en passant par Ninu, les Pozzine, et jusqu’au rivage. L’enseignant est âgé. Il est connu pour être passionné par son sujet ; « les symbioses », autrement dit, « cette incroyable association entre deux espèces différentes très répandue chez les animaux comme chez les végétaux ». 

À certains moments, le savant dira son regret d’avoir entraîné l’étudiante « dans une drôle d’aventure ». Mais les peurs, le découragement et les épreuves n’ont qu’un temps. En l’occurrence ce sont les animaux, et en particulier deux cachalots, qui rendent accessible de nouveaux horizons.

Un récit qui flirte avec le fantastique tout en intégrant des éléments scientifiques précis et des enjeux de notre époque. À lire sans modération. 

Les enfants de Pandora, L’étoile à la mer, Jean-Louis Pieraggi, aux Éditions Albiana

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