D’un Gilles à l’autre         

                                                  

Seuls les patronymes sont différents les prénoms étant similaires. D’aucuns verront dans cette parenté nominale un clin d’œil à l’harmonieuse succession entre Simeoni et Giovannangeli à la présidence du Conseil exécutif. Mais le nouveau promu bannissant toute révolution de palais entend légitimement apposer une marque personnelle à sa nouvelle fonction

Par Jean Poletti

Après une décennie à la tête du pouvoir territorial, Gilles Simeoni passe la main. Il retrouve la mairie de Bastia qu’il remporta naguère de haute lutte, prémices à son accession à la plus haute marche du pouvoir régional. Retour aux sources, choix de cœur et de raison, dit-il en leitmotiv. Pour autant, il ne déserte pas complètement la place du Diamant au profit de celle de Saint-Nicolas. Il conserve en effet quelques dossiers dont celui de l’autonomie qu’il ne cesse de défendre et d’argumenter auprès du gouvernement et des parlementaires. Est-ce à dire que s’instaure à bas bruit un partage du pouvoir au sommet de l’exécutif régional ? Le penser serait sans doute se limiter à l’écume des choses. Et accessoirement faire un faux procès en hégémonie à celui qui rendit son tablier, ravalant celui qui le remplace au rang de faire-valoir. Cette construction faussement intellectuelle qui bruisse dans le landerneau politique fait sans doute abstraction des personnalités et traits de caractère animant les deux édiles concernés. L’un ayant opté pour un mandat différent ne veut vraisemblablement pas jouer l’ombre portée qui n’est pas dans sa nature et qui s’avérerait contre-productif. L’autre, dont on sait les convictions et la probité n’aurait nullement accepté une fonction dont les prérogatives eurent été factuellement rognées.

Fauteuil sudiste

Ainsi, sans verser dans l’extrapolation dont certains font leur miel, tout indique que ce passage de flambeau se déroula sans anicroche, permettant à chacun de conserver le libre arbitre cimenté dans une vision politique similaire et des liens amicaux. Il ne paraît pas suranné de remarquer en incidence qu’une sorte de tabou est tombé. Pour la première fois en effet avec Gilles Giovannangeli un sudiste s’assoit dans le fauteuil présidentiel. Jusqu’alors il était occupé par des nordistes, de Baggioni à Simeoni, en passant par Santini et Giacobbi. Simple hasard ? Sans doute. Mais ne serait-il pas opportun qu’à l’avenir ce précédent devienne une règle, certes tacite, offrant toutefois l’image d’une institution qui privilégie l’alternance géographique. Celle qui conforterait dans l’inconscient collectif une île indivisible, dont le col de Vizzavona symbolise la fracture qui tarde à se fermer. Digression utopique ? Oui, rétorqueront certains. Qui pourtant n’a pas entendu des voix maugréer que si la Haute-Corse était mieux lotie en subventions que sa sœur, cela était fréquemment concomitant au lieu de résidence du « patron » de la collectivité, ordonnateur des dépenses. L’assertion est contredite par les faits. Mais elle persiste en lancinant bruit de fond. Et le grand Moro a beau clamé, la rumeur est parmi nous, chassons-là cette intruse, elle diffuse au point de supplanter parfois la vérité. Et nourrissant plus souvent qu’à son tour de vaines philippiques.

Héritage et nouveauté

Balayant d’un revers de manche ces considérations dictées par les postures, Gilles Giovannangeli se dit comptable d’un héritage tout en initiant sa propre manière de sérier les dossiers, pendant ou à venir. Son propos aux accents de politique générale alliait en toile de fond le discours et la méthode renvoyant à maints égards au changement dans la continuité. « J’ai ma propre histoire. » Tel fut le rappel ouvrant le chapitre d’un long parcours jalonné d’engagements reflétant une certaine idée de la Corse. Elle guida son implication professionnelle et associative. Mais aussi selon ses termes « au sein de la lutte de libération nationale », qui lui valurent naguère quelques années de prison au titre de détenu politique. L’heure n’est pas à dresser quelque bilan que ce soit. Il viendra dans deux ans, lors des élections territoriales. Dans l’intervalle, le promu s’attellera pleinement à sa tâche, conscient qu’elle ne sera pas une sinécure. D’autant qu’il devra, dans une durée limitée et une réalité budgétaire contrainte, faire œuvre de gestionnaire. Avec l’espoir affiché que l’avènement du pouvoir législatif offre à ses yeux un saut qualitatif embrasant l’ensemble de la société insulaire. Dans l’immédiat, trois grands chantiers sont classés prioritaires. Ils conjuguent un plan de rénovation des lycées et collèges, le logement et les infrastructures routières. Cela n’obère nullement de scruter un horizon plus lointain, impliquant notamment la révision du Padduc, la consolidation de la politique sociale, la transition énergétique, voire le service public des transports.

Jalons d’avenir

Ainsi, tout paraît indiquer que sitôt installé Gilles Giovannangeli ne songe nullement de laisser le temps au temps. Peaufiner les dossiers déjà ouverts et poser les jalons d’avenir, telle est la dualité qu’il affiche avec l’humilité qui le caractérise sans qu’elle nuise à sa volonté qu’il porte chevillée tel un credo.

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