Du jazz au hip-hop : Quand le Bronx inspire la scène corse

Manon Baldi incarne une nouvelle génération dartistes engagées dans la création et la transmission. Professeure de danse au Conservatoire Henri-Tomasi, elle porte cette année un ambitieux projet chorégraphique avec ses élèves consacré au mythique quartier new-yorkais du Bronx.

Par Caroline Ettori

C’est à l’âge de 6 ans, « assez tard », sourit aujourd’hui Manon Baldi que la désormais chorégraphe chausse ses premiers souliers de danse. « Ma mère dansait déjà, et j’avais peut-être un peu peur… Mais ça a été une révélation. J’ai commencé et comme une évidence, je n’ai jamais arrêté. »

Naturellement après le baccalauréat, elle s’orientera à l’université de Corse vers un double cursus Staps et métiers de la danse en collaboration avec le centre EpseDanse à Montpellier. Sous l’impulsion de Céline Giovannoni, Manon intègrera la compagnie Studidanza avec laquelle elle se produira sur le continent et à l’international, participant à différents ateliers, multipliant les échanges. « Toutes ces rencontres ont été extrêmement formatrices. »

Diplômée en jazz et en contemporain, elle développe très tôt un goût marqué pour la recherche et l’expérimentation. Parmi ses références majeures figure Ohad Naharin, chorégraphe résident de la Batsheva Dance Company et créateur de la technique Gaga, basée sur l’improvisation et le dépassement de soi. « Aller dans la transe, atteindre un état particulier par la danse, cette approche m’a profondément marquée », souligne Manon.

Elle cite également le travail de la Hofesh Shechter Company basée à Londres, dont la manière de déconstruire le mouvement est pour elle une source d’inspiration inépuisable. « Durant ma première année de fac, j’ai eu la chance d’apprendre auprès de certains de ses danseurs. Cette énergie, cette recherche créatrice m’ont donné envie de composer. » Une expérience décisive pour la jeune femme qui dessine son désir de création.

Danseuse et chorégraphe : deux élans complémentaires

Sur scène, Manon distingue deux postures. « En tant que danseuse, je me livre de manière très personnelle. Le partage avec le public est direct, intime. »

En tant que chorégraphe, la démarche est différente : « Je transmets, mais dans la recherche collective je fais appel aux propositions des danseuses. Je leur laisse une liberté pour que leur identité se retrouve dans la pièce. »

Les deux dimensions la nourrissent également. « Quand on danse pour soi sur scène, c’est un plaisir immense. Mais j’ai de plus en plus envie de me pencher sur le métier de chorégraphe, d’expérimenter avec les élèves, de creuser la transmission à partir de la création. »

Un projet ambitieux autour du Bronx

Cette saison, elle dirige huit danseuses de 3e cycle du Conservatoire Henri-Tomasi dans un projet pré-professionnalisant d’envergure en partenariat avec l’école Fior di Stella. Durant les semaines de résidence, essentielles à la préparation du spectacle, les intervenants extérieurs se succèdent afin d’enrichir le processus créatif : percussions, construction chorégraphique, hip-hop, claquettes, théâtre et expression scénique… Rien n’est laissé au hasard.

BRONX, c’est le titre de la pièce chorégraphique, célèbrera les 50 ans de ce quartier emblématique de New-York. À la fois moderne et mystérieuse, elle retracera l’évolution du Bronx à travers cinq tableaux. La nostalgie des années 50 laissera place à la violence des gangs, à la rupture et au déclin du quartier. « Dans ce tableau, percussions et claquettes seront très présentes. Elles serviront d’exutoire pour dépasser le chaos. » Les années 70-80 seront marquées par le hip-hop, une énergie plus festive jusqu’aux années 2000 avec l’apaisement des tensions et une renaissance à travers le street art et la fusion actuelle de tous les styles visités. « Avec le jazz comme point de départ, le Bronx au fil de son histoire a été traversé et façonné par tous les courants créatifs qui sont aujourd’hui mes disciplines phares. Ce spectacle est un moyen de les faire dialoguer mais aussi de les proposer à mes élèves. Je souhaitais que les huit danseuses présentes sur scène expérimentent ces disciplines. »

 » Il est très important de s’ouvrir à toutes les disciplines,
à d’autres façons de danser. Cela fait de nous des artistes
plus complets. »

Manon Baldi

Former une jeune compagnie pré-professionnelle

Au-delà de la création, le projet s’inscrit dans une logique de pré-professionnalisation. Sur les huit danseuses engagées, quatre envisagent de se spécialiser dans la danse après le baccalauréat. « À 17 ans, elles arrivent à la fin du cursus. Il est important de leur offrir une expérience concrète de compagnie : théorie, technique, création, diffusion. »

Manon Baldi travaille également avec une collègue bastiaise à la mise en réseau de cette future compagnie avec d’autres conservatoires et souhaite développer des échanges avec le continent. L’objectif : ouvrir les horizons.

Souvrir pour mieux transmettre

Pour la chorégraphe, la clé réside dans l’ouverture. « Il est très important de s’ouvrir à toutes les disciplines, à d’autres façons de danser. Cela fait de nous des artistes plus complets. »

À travers ce projet, elle affirme une vision exigeante et généreuse de la danse : un art du corps qui permet de s’exprimer sans langage, de partager, et de construire collectivement.

Une évidence devenue vocation.

BRONX sera présenté à Biguglia le 7 avril, à Corte ; Spaziu Natale Luciani le 4 juin ainsi qu’à Ajaccio.

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