Combats d’arrière-garde

ÉDITO

Par Jean Poletti

« Si j’étais président », chantait Gérard Lenorman. Dans une rêverie enfantine. La réalité est proche de cette fable. Pourtant, elle concerne des candidats adultes qui briguent le sceptre suprême. Tels des bonimenteurs, certains promettent le grand soir de la révolution. D’autres le retour de l’État régalien. Tous pour le changement. Ils vont par monts et par vaux dispenser leurs bonnes paroles. N’omettant pas les étapes dans les foires et braderies. Une sorte de course à l’échalote qui visiblement ne fait plus recette au sein de la population. Combien sont-ils en lice ? De Mélenchon à Le Pen, en passant par la gauche et le bloc central, Retailleau et les écologistes, une bonne vingtaine d’impétrants s’échauffe sur la ligne de départ. N’en jetez plus, la cour de l’Élysée est pleine. Les mauvaises langues qui évoquent les égos surdimensionnés et autres ambitions personnelles sont priés de ravaler leurs propos. Sommés d’oublier que parmi ceux qui veulent renverser la table, trois au moins partagèrent celle de Macron. Abattre les totems est une pratique théorisée par Claude Lévi-Strauss. Cependant, dénigrer celui qui les fit Princes de la République, alors qu’ils étaient des illustres inconnus, peut paraître une injuste révolution de palais. Et ne parlons pas des émules du poing et de la rose, nombreux à s’inscrire aux primaires. Hollande fait exception avec la prudence du Sioux, il attend dans l’espoir d’être le recours de son camp. D’aucuns croyaient une telle cacophonie étrangère au RN. Il n’en est rien. Bardella semble se sentir à l’étroit dans son costume de putatif hôte de Matignon. Elle c’est elle, moi c’est moi semble-t-il signifier dans une sorte d’émancipation avec la Marine… Et comme en écho, résonne la fameuse réplique. « …qui t’as rendu si vain, Toi qu’on n’a jamais vu les armes à la main ? » Chacun aura compris qu’il ne s’agit en l’occurrence d’épée ou de stylet mais de parcours politique sans relief et d’une cooptation de la cheffe. Mais tandis que ces candidats se chamaillent comme des potaches lors de la récréation, le pays part à vau-l’eau. Un seul chiffre pour fixer les esprits : l’endettement progresse de 1 000 euros par seconde. Déjà le fonds monétaire international et la banque européenne scrutent le Waterloo financier, prélude à une possible annonce de rétorsion. Mais plutôt que d’annoncer un authentique plan de survie collectif, les candidats ne proposent que des cautères sur jambes de bois. Faire passer à la caisse, retraités, salariés et malades. Augmenter la TVA , taxer l’artisan ou le petit patron. Mais rares sont ceux qui ciblent les responsabilités de ce passif à trois-mille-cinq-cents milliards d’euros. La théorie du ruissellement, chère au Mozart de la finance, s’achève en fleuve asséché. Ouvrir les vannes de l’argent au microcosme des grandes entreprises, souvent multinationales, fut un effet d’aubaine sans bénéfice sur l’emploi. Par ailleurs, s’attaquer véritablement, aux quelques cent milliards annuels de fraude fiscale ne paraît pas nourrir les programmes. Face à tous ces déboires qui ne doivent rien au hasard, ne serait-il pas bienvenu d’initier un gouvernement d’union nationale ? Il oublierait, pour une durée limitée, les arguties politiciennes au profit d’une stratégie de salut public. Cela ne relève pas de l’utopie. De Gaulle, à la libération, en fit la démonstration. Avec son gouvernement provisoire incluant résistants, libéraux, sociaux-démocrates, socialistes et communistes. Toute proportion gardée n’est-ce pas le cas actuellement ? Sans jouer les Cassandre, qui oserait affirmer que la situation est tenable ? L’inflation montre le bout de son nez, les faillites augmentent, le chômage s’accroît. Tels observateurs patentés décèlent un scénario à la grecque. D’autres, soulignent que le premier poste de dépense est le remboursement échelonné de l’emprunt uniquement rendu possible par de nouveaux emprunts. Un cercle vicieux qui rend vaine toute assertion liée à la souveraineté. Dès lors, comment reprocher à l’électorat d’être séduit par le bulletin de vote de dégagisme, qui profiterait aux deux extrêmes ?

Il parapherait la fin du « en même temps », parenthèse qui ne fut pas enchantée, et entrouvrirait la porte de la radicalité. La dialectique de la majorité silencieuse est tranchante comme le diamant. La résumer s’avère aisée : essayons ceux qui n’ont jamais exercé le pouvoir. Dans ce droit fil, ne serait-ce pas un vote d’adhésion sans faille, mais à égards de dépit envers les caciques ou jeunes premiers, ayant été aux affaires. Il reste 7 mois de campagne. D’ici là, certains jetteront l’éponge ou se rallieront au panache de celui qui dans leur mouvance est le mieux placé dans les sondages. Mais cette hypothèse, proche de la commedia dell’arte, éculée, à force d’être répétée, ne lève nullement le voile sur une inconnue magistrale : la décision des électeurs n’est-elle pas déjà cristallisée ? Nulle velléité de lire dans le marc de café, pourtant un duel Le Pen-Mélenchon paraît vue de l’esprit. Mais n’anticipons pas. Chaque scrutin réserve son lot de surprises. Même celle d’une possible entrée dans l’arène de Bruno le Maire, l’homme qui à Bercy eut le bilan que l’on sait. Vous avez dit faillite de la classe politique ?

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