Christophe Mondoloni, une autre idée de l’engagement

Il revient à Sartène comme on revient à une source, avec la certitude de retrouver là ce qui donne sens au chemin parcouru. Artiste, élu, homme de transmission et de cœur, Christophe Mondoloni porte en lui la mémoire d’une ville qui l’a façonné autant qu’il l’a rêvée. Aujourd’hui, il franchit une étape nouvelle en transformant une aspiration personnelle en engagement concret. Son retour s’inscrit dans un moment de réflexion et d’évolution pour le territoire.

Par Anne-Catherine Mendez

Il dit souvent qu’il est né à Ajaccio mais qu’il a grandi à Sartène. Comme si la géographie n’était pas seulement une affaire de kilomètres mais une histoire de souffle, de peau et de cœur. Comme si l’on pouvait appartenir à deux lieux à la fois, la ville qui vous éduque et le village qui vous façonne. Chez Christophe Mondoloni, cette dualité n’est pas un déchirement mais une force tranquille, une mémoire vivante qui remonte par vagues dès qu’il prononce le nom de Sartène. Il raconte son enfance comme on remonte le fil d’une chanson, avec la douceur d’une évidence retrouvée. Les dimanches à suivre son père dans les couloirs du CERTI, structure à l’origine de la SITEC, les feuilles perforées qu’il ramenait à la maison, la technique et la modernité qui se frayaient un chemin dans l’île. Et puis les années passées à écouter sa mère parler de chiffres, de recensement, de population, comme si les données étaient déjà une façon de comprendre le monde. Mais malgré ces influences citadines, l’essentiel venait d’ailleurs. Ses premières amours, ses premiers étés, les odeurs du maquis, la langue corse prononcée sans effort, les voix puissantes des hommes qui chantaient dans l’église comme on chante pour dire qui l’on est. Tout cela venait de Sartène.

Un itinéraire partagé

Plus tard, la vie a pris un double chemin. L’un dans une compagnie de transport, technicien au sol dans les opérations aériennes, il travaille plusieurs années à Marseille avant de rejoindre Ajaccio. L’autre sur scène, avec vingt ans de musique, de rencontres, de guitares et d’artistes qui ont marqué des générations. Michel Galabru, Daniel Lévi, Patrick Fiori, des noms qui racontent autant d’affection que de travail partagé. Christophe parle d’eux avec la pudeur de ceux qui savent que les rencontres peuvent changer une vie. Ces années-là lui ont donné la rigueur de la scène, l’exigence, et aussi une distinction qu’il ne porte jamais comme une médaille personnelle. Chevalier des Arts et des Lettres, dit-il, c’est pour la culture corse, pour ceux qui m’ont appris à chanter, pour tout ce qui m’a été transmis.

L’apprentissage de l’action publique

Puis il y a eu la ville d’Ajaccio. Douze ans d’action publique, de projets menés, d’événements réinventés, de stratégies numériques saluées au niveau national. Il parle de cette période comme on évoque une école. Ajaccio m’a formé, dit-il. Elle m’a appris la complexité, l’écoute, l’importance des services, le lien permanent entre une ville et ceux qui la vivent. Elle m’a appris à travailler, à coordonner, à ne pas céder à la facilité. Elle m’a offert une expérience que je veux aujourd’hui rendre utile là où bat mon vrai centre de gravité.

Alors vient la question qui s’impose. Pourquoi Sartène, pourquoi maintenant. Et la réponse ne traîne pas, elle sort comme un souffle retenu trop longtemps. « Parce que c’est aujourd’hui et pas demain. Parce que je n’avais pas envie de monter à soixante ans. Parce que je sens que Sartène a besoin d’oxygène et que je veux lui rendre tout ce qu’elle m’a donné. » Il parle de sa commune comme on parle d’une femme que l’on connaît depuis toujours. Avec tendresse, avec respect, avec la conviction que l’on peut encore éclairer ce qui mérite de l’être. « Sartène, dit-il, est un diamant brut, magnifique, parfois oublié, parfois figé. Elle a une âme, une force, une histoire qui ne demandent qu’à respirer à nouveau. »

Une vision en mouvement

Au fil des mots, son projet apparaît, non pas comme un programme, mais comme un mouvement. Un désir de rassembler, de remettre du rythme, de la douceur, de la vie. De faire revenir les jeunes, d’accompagner les anciens, de réinventer le centre-ville, d’ouvrir la porte aux médecins, aux artisans, aux agriculteurs. De renouer avec la terre, avec la côte, avec les traditions. De faire rayonner le catenacciu jusqu’à l’Unesco. De redonner à Sartène non pas ce qu’elle a été, mais ce qu’elle peut devenir. Il imagine une commune qui s’organise autrement, plus lisible, plus respirable, plus proche des usages réels. Une commune qui vit douze mois par an et non sept. Une commune qui valorise ses producteurs, ses artistes, ses paysages, ses mémoires. Il parle de pôles multisports, de maisons des associations, de diagnostics partagés, de concertation permanente. Mais derrière ces mots, il y a autre chose. Une volonté très simple et profondément humaine. Faire de Sartène un lieu où l’on vit, où l’on revient, où l’on se reconnaît. Et puis il y a cette phrase qu’une Sartenaise lui a un jour confiée. Une phrase qui, pour lui, dit tout. « À Paris, je vis, à Sartène, je revis. » Elle éclaire la position qu’il occupe aujourd’hui, à la croisée d’un parcours nourri par l’extérieur et d’un attachement profond à ses racines. Un équilibre façonné entre la scène et la terre, entre héritage et regard contemporain. Son histoire est celle d’un aller-retour permanent entre l’ailleurs et la racine, entre la modernité et la tradition.

Une méthode avant les promesses

Aujourd’hui, il se présente entouré d’une équipe jeune, compétente, solidement ancrée dans le territoire. Une équipe qui lui ressemble, faite de parcours différents mais d’une même envie de s’engager pour Sartène. Il parle peu de promesses et beaucoup de méthode, de travail collectif, de temps long. « Rallumer la lumière », dit-il, non pour se mettre en avant, mais pour rendre visibles les forces déjà là, souvent silencieuses. Dans sa manière d’évoquer le projet, il n’y a ni posture ni grandiloquence, mais une attention constante au réel, au quotidien, à ce qui fait tenir une commune dans la durée. Il insiste sur l’importance d’anticiper, de structurer, de ne pas subir. « Gouverner, répète-t-il, c’est prévoir. » Prévoir pour les enfants qui grandissent ici, pour les familles qui s’installent, pour les anciens qui veulent continuer à vivre dignement chez eux, pour un territoire qui ne peut plus se contenter d’improviser.

Ce projet n’est pas, chez lui, un simple exercice politique. Il s’inscrit dans une histoire personnelle, dans une fidélité assumée. Sartène n’est pas un décor ni un symbole, mais un lieu vécu, traversé, transmis. C’est sa maison, sa mémoire, son point d’équilibre. Et s’il revient aujourd’hui, c’est avec la conviction que l’avenir d’une commune se construit avec lucidité, patience et respect de ce qu’elle est.

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