Choix Goncourt de l’Italie : La jeunesse italienne fait rayonner la littérature française à Rome

La 13 édition du Choix Goncourt de lItalie a couronné la journaliste et écrivaine Nathacha Appanah pour son ouvrage La Nuit au cœur. Organisée par lInstitut français dItalie en partenariat avec lAcadémie Goncourt, la cérémonie sest tenue au cœur de lambassade de France à Rome. Un écrin prestigieux pour célébrer la vitalité de la littérature francophone et lengagement de centaines de lycéens devenus, pour l’occasion, de redoutables critiques littéraires.

Par Caroline Ettori

La littérature française contemporaine n’aura sans doute jamais paru aussi vivante entre les murs du Palais Farnèse. Joyau de l’architecture du XVIᵉ siècle, siège de l’ambassade de France depuis 1874, l’édifice accueille en cet après-midi pluvieux de février la cérémonie du Choix Goncourt de l’Italie.

Dans le monumental salon d’Hercule, remanié par Michel-Ange lui-même, la solennité des lieux contraste avec l’énergie fébrile des élèves venus de toute la péninsule. Plus de 200 participants avaient fait le déplacement jusqu’à Rome, dont près de 70 professeurs et 130 élèves. Tous réunis pour l’ultime étape d’un long travail de lecture, d’analyse et de débat.

Un jury lycéen à l’échelle nationale

Créé en 2013, le Choix Goncourt de l’Italie rassemble chaque année un jury composé d’élèves de « Quarta » et de « Quinta » des lycées italiens ESABAC* et linguistiques, ainsi que d’élèves de Première et de Terminale des lycées français en Italie. Invités à élire leur œuvre favorite parmi les romans sélectionnés par l’Académie Goncourt, ils s’engagent durant plusieurs mois dans un véritable exercice de critique littéraire.

Pour cette édition, 122 lycées issus de 16 régions italiennes ont participé. Au total, 331 critiques ont été rédigées. Arguments affinés, points de vue confrontés, sensibilités revendiquées : les jeunes jurés ont défendu leurs choix avec rigueur avant de désigner leur lauréate.

Face aux romans de La Nuit au cœur de Nathacha Appanah, Le bel obscur de Caroline Lamarche, La maison vide de Laurent Mauvignier et Kolkhoze d’Emmanuel Carrère, c’est finalement le texte de Nathacha Appanah qui a remporté l’adhésion.

Transmission et vocation

Reçus par l’ambassadrice désignée de France en Italie, Anne-Marie Descôtes, visiblement émue de conclure sa première semaine romaine par un événement mêlant jeunesse, littérature et francophonie, les élèves ont ensuite dialogué avec deux grandes voix des lettres françaises : Philippe Claudel, président de l’Académie Goncourt, et Jean-Baptiste Andrea, lauréat du prix en 2023.

À la question des motivations profondes de l’écriture, les réponses diffèrent mais se rejoignent dans l’élan. « La joie », confie Jean-Baptiste Andrea. « Le plaisir de se perdre », répond Philippe Claudel. Tous deux évoquent tour à tour l’importance, ou non, d’une structure solide, l’identification aux personnages, et la satisfaction presque physique du point final.

Les échanges, menés avec assurance par Silvia, Ilaria et Vittoria Lucia, lycéennes de Casarano dans les Pouilles, témoignent de la qualité du travail accompli. Dans un français précis, subtilement teinté d’accent italien, elles relancent, interrogent. La salle participe, les questions sont fines, argumentées. Les écrivains, déjà récompensés par des jurys lycéens, savourent ce dialogue direct avec la jeune génération.

« Le métier d’écrivain est parfois épuisant, mais je réponds toujours présent parce que je veux témoigner de la joie d’être écrivain. C’est le plus beau métier du monde. Et si cela peut inspirer certains d’entre vous, je vous le dis : ne renoncez jamais », lance Jean-Baptiste Andrea. Interrogé sur un conseil à donner à un jeune écrivain, Philippe Claudel, dans un sourire, encourage pour sa part… « à ne pas suivre les conseils ».

Une littérature qui circule

Une fois le choix proclamé, un message enregistré de Nathacha Appanah est diffusé. L’autrice y remercie les lycéens et revient sur ce qui traverse son œuvre : la mémoire, les langues, les passages entre les mondes. « La vie, tout simplement », conclut-elle.

Au-delà du palmarès, le Choix Goncourt de l’Italie illustre la force d’un projet pédagogique singulier, œuvrant à la promotion de la lecture en langue française tout en consolidant le socle culturel entre les deux pays.

Dans le décor du Palais Farnèse, ce sont ainsi des voix adolescentes qui ont fait entendre leur lecture du monde, preuve que la littérature demeure un territoire de dialogue vivant, un espace commun où se rencontrent les langues, les imaginaires et les générations.

*Les lycées ESABAC prévoient un double cursus franco-italien permettant lobtention simultanée de l’« Esame di Stato » et du baccalauréat français, aujourdhui présent dans 313 établissements en Italie.

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