Paul Combette, l’urgence en héritage

Il a marqué une carrière et un territoire. En plaçant la vie au centre de tout. 50 ans après, le SAMU rend hommage à son fondateur.
Par Jean Poletti
À l’hôpital de la Miséricorde, les murs ont une mémoire discrète. Ce n’est pas seulement un lieu où l’on soigne. C’est un endroit qui se souvient. Derrière, il y a des destins, des combats, des innovations. Et des visages, parfois disparus, mais dont l’empreinte demeure jusque dans les couloirs. Parmi eux, celui de Paul Combette, pionnier de la médecine d’urgence en Corse, dont le nom vient désormais s’inscrire dans la pierre. Des plaques commémoratives sont inaugurées à son effigie. Tel un fil tendu entre les générations. Parce qu’elles racontent une histoire. Celle d’un jeune anesthésiste réanimateur, qui en 1976, a su renverser un paradigme : attendre que le malade arrive ne suffit pas. Il faut aller le chercher. À cette époque, dans une Corse encore isolée par la mer et confrontée à ses propres distances imposées par le relief montagneux, le « chaque minute compte » a dû composer avec ces adversaires invisibles. Car chaque retard pesait. Parfois de façon irréversible. La création du SAMU 20 permit bien souvent de remporter la course contre la montre. Sur terre, puis bien après , dans les airs et par les rivages, l’hôpital se rendait au chevet du patient. Une révolution.
Héraclès
À force de batailler contre le temps et l’éloignement, Paul Combette hérita d’un pseudonyme : « Héraclès ». C’est dire s’il affrontait les épreuves avec courage mais aussi détermination. Car la liste n’était pas exhaustive. Rappelons qu’en point d’orgue de ses interventions, figure le drame de Furiani. Chacun se souvient que le 5 mai 1992, la catastrophe endeuillant la Corse avec 18 morts et 2 300 blessés a constitué un épisode douloureux dans l’histoire de notre île. Comme dans celle du secours insulaire. Ce jour-là, la prise en charge des situations critiques changeait d’échelle. « C’était un spectacle de guerre. Une médecine de l’extrême », confiait-il plus tard. Au cœur de cette crise sans précédent, il a su conjuguer le médecin qu’il était tout en endossant le rôle délicat de coordinateur des urgences. Afflux massif de victimes. Centaines de blessés triés, secourus, pris en charge dans les hôpitaux de l’île ou évacués sur le continent. Le drame rappela avec une brutalité tragique combien l’organisation des secours est essentielle sur une île. Son efficacité fut saluée en haut lieu. Et Bernard Kouchner, ministre de la Santé de l’époque lui décerna les insignes de la Légion d’honneur. Profondément impliqué dans la vie de la cité, du SAMU à la politique, il n’a jamais quitté le terrain. Élu à la mairie d’Ajaccio sous la mandature de Charles Ornano. Puis conseiller territorial dès 1982, il y a là une continuité. Ses mandats sont mis à profit pour évoquer inlassablement la santé sur l’île. En point d’orgue, la question centrale de l’accès aux soins.
Ainsi, par exemple, s’opposa-t-il frontalement à la privatisation des EVASAN, ces évacuations sanitaires vers le continent. Chez nous, quand des centaines de kilomètres séparent un patient d’un plateau technique spécialisé, il a réussi à penser l’après. En mettant sur pied une chaîne de secours capable de se prolonger au-delà du rivage. L’ADN du service public conservé.
Paul Combette, c’était tout cela mais aussi autre chose. Fidèle en amitié, disponible, il ne se retranchait pas dans quelque tour d’ivoire.
Héritage
Nombreux étaient ceux qui l’appelaient directement sur son portable pour un conseil de posologie. Ou pour être rassuré tout simplement. Le praticien orientait, calmait. Et dire qu’il était reconnu et apprécié ne relève pas de la litote. Chacun reconnaissait en ville son 4X4 rouge qui sillonnait la cité impériale. Car son esprit d’entraide ne s’arrêtait pas au port de la blouse blanche. Il lui fit revêtir également l’uniforme des sapeurs-pompiers où il avait rang de lieutenant-colonel.
Cet homme, originaire de Bastia, s’était établi à Ajaccio, où il avait épousé Martine et fondé sa famille avec ses enfants Christelle et René-Charles. Mais il n’avait jamais perdu de vue « u spiritu Bastiacciu » qu’il portait en bandoulière, lui, l’enfant du quartier du marché.
50 ans après, la montagne, les routes sinueuses, les villages isolés n’ont pas disparu. Mais la médecine a appris à les maîtriser. Son parcours transcende sa seule histoire personnelle. Il relate comment la Corse a apprivoisé et réduit la distance entre le malade et le médecin. Et derrière chaque appel, chaque équipe médicalisée qui prend la route, chaque médecin qui se rend au-devant d’un patient demeure un peu de cette intuition fondatrice. Les techniques ont changé. Mais l’esprit demeure et se transmet. Paul Combette est décédé en 2020. Sa mémoire reste vive.
N’est-ce pas fruit du hasard si cette évocation laisse percer un parfum d’émotion. Charriant le vent de l’impérissable souvenir.
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