Un porte-avions nommé France Libre : la mémoire d’un jeune corse

Par René Santoni

Alors que la France s’apprête à baptiser son futur porte-avions France Libre, retour sur une mémoire discrète : celle des tout premiers soldats tombés pour que la France continue le combat. Parmi eux, un jeune homme de Palneca, en Corse-du-Sud.

Comme tant d’autres jeunes hommes de son temps, il avait quitté son île pour servir la France. Mais à l’heure de la défaite, en 1940, et après l’appel lancé par le Général De Gaulle en juin 1940, il fit un choix rare : celui de continuer la guerre.

Ce jeune corse s’appelait Noël Bartoli. Son nom, aujourd’hui peu connu, appartient pourtant à l’histoire fondatrice de la France Libre.

Les premiers morts d’une armée qui n’existait pas encore

En janvier 1941, dans le désert libyen, à Tobrouk, quatre soldats français tombent sous l’uniforme des Forces Françaises Libres : Lalou, Potin, Bartoli et Fleury. Ils sont les premiers morts au combat d’une armée qui n’existe encore que par la volonté de quelques centaines d’hommes.

Parmi eux, Noël Bartoli. Soldat du 24e Régiment d’Infanterie Coloniale, il avait rejoint le 1er Bataillon d’Infanterie de Marine, première unité constituée pour reprendre les armes aux côtés des Britanniques après l’armistice.

Leur engagement dépasse le cadre militaire. En 1940, la France officielle s’est tue. Eux décident de parler encore, par les armes. À Tobrouk, leur mort donne un poids réel à cette volonté fragile.

Déserteurs pour Vichy, combattants pour la France Libre

Formé durant l’été 1940, le 1er Bataillon d’Infanterie de Marine rassemble plusieurs centaines de volontaires issus pour beaucoup du 24e Régiment d’Infanterie Coloniale, ainsi que des soldats évadés après l’armistice. Pour le régime de Vichy, ces hommes sont alors considérés comme déserteurs. Leur choix de rejoindre la France Libre les place dans une situation incertaine, où le combat contre l’ennemi se double d’une rupture avec l’autorité officielle.

À la veille de l’offensive contre les positions italiennes de Tobrouk, les hommes effectuent des reconnaissances dans le secteur du Wadi Sahel, repérant les défenses ennemies et préparant l’attaque prévue pour le 21 janvier 1941.

Ce jour-là, à l’aube, les marsouins du bataillon avancent derrière le barrage roulant de l’artillerie. Mais la résistance italienne est vive. Sous le feu des mitrailleuses et des obus, plusieurs hommes tombent dès les premières minutes de l’assaut. Le caporal-chef Lalou, le caporal Potin, ainsi que les soldats Fleury et Bartoli, figurent parmi les premiers tués du bataillon.

Ils sont enterrés quelques jours plus tard près de la route de Tobrouk à Derna, avant que leurs restes ne soient transférés ultérieurement dans le cimetière militaire français de Tobrouk.

Quelques jours plus tard, la prise de Tobrouk permet d’annoncer au monde que des Français combattent de nouveau. Le général de Gaulle désigne alors les premiers Compagnons de la Libération parmi les survivants de cette unité. Les morts, eux, ne recevront aucune distinction.

Il en reste pourtant une image saisissante : celle de la tombe provisoire de Noël Bartoli, dressée dans le sable du désert, loin de la Corse. Une croix simple, isolée dans l’immensité, avant que ses restes ne soient transférés dans un cimetière militaire français.

Aujourd’hui, alors que le nom de « France Libre » s’apprête à prendre la mer sur l’un des futurs symboles militaires de la France, il rappelle une histoire faite de choix individuels, de fidélités silencieuses et de sacrifices précoces.

Car avant d’être un nom gravé sur la coque d’un navire, la France Libre fut d’abord une poignée d’hommes.

« Dans l’histoire de la France Libre, il y eut des noms célèbres et d’autres, comme celui de Noël Bartoli, qu’il appartient désormais de ne plus laisser dans l’ombre. » 

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