Précarité en Corse : une réalité diffuse et silencieuse – Sondage Exclusif Paroles de Corse – Opinion of Corsica – C2C Corse

Une précarité plus large qu’on ne l’imagine et pourtant invisible et silencieuse. Ce sont les enseignements de notre nouveau sondage qui mettent en lumière une réalité contrastée. Les difficultés existent, mais le recours à l’aide reste limité, freiné par des obstacles matériels, administratifs et culturels.
Par Caroline Ettori
Selon cette dernière étude, près d’un Corse sur deux (45%) déclare avoir rencontré, au cours des douze derniers mois, des difficultés pour couvrir des dépenses essentielles comme l’alimentation, l’énergie ou le logement. Parmi eux, 19% évoquent des difficultés régulières, et 26% des difficultés ponctuelles. Ces chiffres rappellent que la précarité n’est pas marginale : elle concerne des foyers insérés, parfois actifs, confrontés à la hausse du coût de la vie, à la saisonnalité de l’emploi ou à des revenus instables.
Pourtant, ces difficultés ne se traduisent pas automatiquement par une demande d’aide. À la question du recours aux soutiens existants, 59% des personnes concernées déclarent ne pas demander d’aide du tout. Seuls 39% se tournent vers une forme d’assistance, principalement vers la famille ou l’entourage (28%). Les services sociaux institutionnels (CAF, CCAS…) ne sont cités que par 15% des répondants, tandis que les associations caritatives, comme les Restos du Cœur ou le Secours populaire, n’apparaissent qu’en toute fin de liste, avec seulement 4% de recours.
La précarité, c’est privé
Ce faible taux interroge, alors même que les besoins existent. Il révèle une précarité souvent gérée dans la sphère privée, voire intériorisée. La solidarité familiale joue encore un rôle central en Corse, mais elle montre aussi ses limites dans un contexte de fragilisation économique globale.
Les freins à la demande d’aide sont clairement identifiés par le sondage. Le premier obstacle cité concerne la complexité des démarches administratives : 31% des personnes interrogées estiment qu’elles sont trop lourdes. Le manque d’information sur les dispositifs existants arrive en deuxième position (25%), preuve que l’offre d’aide reste parfois mal connue ou mal comprise. La crainte du regard des autres concerne près d’un répondant sur cinq (19%). Enfin, la distance et les difficultés de déplacement, particulièrement en zone rurale, constituent un frein pour 12% des personnes.
Un chiffre retient particulièrement l’attention : 44% des répondants déclarent ne pas demander d’aide parce qu’ils estiment ne pas en avoir besoin, alors même qu’ils ont connu des difficultés financières. Cette réponse révèle une frontière floue entre précarité vécue et précarité reconnue. Beaucoup semblent considérer leurs difficultés comme passagères, normales ou relevant de la sphère privée, plutôt que comme une situation justifiant un soutien extérieur.
Sondage Exclusif Paroles de Corse – Opinion of Corsica – C2C Corse Toute reprise totale ou partielle doit impérativement utiliser la mention complète. Étude réalisée auprès d’un échantillon représentatif de 505 habitants de Corse âgés de 18 ans et plus. L’échantillon a été constitué selon la méthode des quotas, au regard des critères de sexe, d’âge, de catégorie socioprofessionnelle, de catégorie d’agglomération et de département de résidence. Pour cette taille d’échantillon, la marge d’incertitude est de 3 à 5 points.
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