Nicolas Boyer, le paysagiste qui a digitalisé l’art du jardin

De son village de Granace à quelques kilomètres de Sartène, aux jardins conçus en ligne aux quatre coins du monde, Nicolas Boyer a tracé un chemin singulier : celui d’un paysagiste devenu entrepreneur digital sans jamais renier la terre qui l’a formé. Avec Nirvana Nature Online, il démocratise la création paysagère et réinvente un métier longtemps réservé aux privilégiés. En autodidacte, il a su transformer un savoir ancestral en un service mondial.

Lorsqu’il évoque ses débuts au jardin, Nicolas Boyer replonge immédiatement dans un souvenir simple : le potager familial au village. « Quand j’étais petit, j’étais très proche de mes grands-parents et j’allais souvent avec mon grand-père faire le potager à Granace, c’est lui qui m’a donné la passion du jardin. J’ai plus ou moins grandi au village, c’est là que j’ai appris le plaisir de planter une graine et le bonheur que ça peut apporter. »
Rien d’extraordinaire en apparence, mais c’est ce moment d’enfance qui donne aujourd’hui sa couleur à son entreprise née bien loin des schémas habituels du monde du paysagisme.

Un parcours en zigzag, mais avec un fil conducteur : la curiosité

Paysagiste de formation, Nicolas a en effet exploré de nombreux domaines avant d’en faire réellement son métier. Il en sourit lui-même : « J’ai un parcours très atypique. J’ai fait beaucoup de choses : un peu de télé, un peu de radio, je me suis formé comme ingénieur son, j’ai même fait une préparation pour de la randonnée. J’ai ouvert aussi par la suite un magasin de design floral… J’ai toujours eu envie de goûter à tout parce que j’aime la vie. »

Une multiplicité qui pourrait ressembler à de l’hésitation, mais qui lui a surtout permis de se forger et d’affiner de multiples compétences. Et si durant ces années-là le jardin reste en arrière-plan, il ne disparaît jamais tout à fait. En effet, il n’a pas encore 18 ans, quand il crée sa première entreprise, Nirvana Nature, et qu’il conçoit des jardinsen parallèle de ces différentes activités. « J’ai toujours gardé un lien avec le paysage, raconte-t-il. Donc j’ai avancé comme ça pendant quelques années. Jusqu’au jour où j’ai décidé d’arrêter toutes mes activités annexes pour me concentrer pleinement sur le paysage. Je me sentais limité. J’avais besoin de revenir au jardin, car c’est là où je m’exprime le mieux. »L’entreprise prend alors son envol. « On s’est bien développé, on a signé des projets dans toute la Corse. Cela m’a permis aussi de collaborer avec des architectes réputés comme Amelia Tavella et d’apparaître dans des magazines de décoration prestigieux, c’était chouette. Ça m’a permis de faire des belles choses. »Nicolas prend ainsi plaisir à signer des jardins vivants, organiques et généreux qui font sa singularité : « À titre personnel, j’aime beaucoup les jardins exotiques, très chargés. Et je ne plante pas droit mais plutôt tout tordu, car j’aime bien passer dans les branches, créer des mini-jungles. »

Comprendre la limite du métier pour le transformer

Et c’est en travaillant sur ces différents projets qu’il réalise que son métier reste inaccessible pour beaucoup. « C’est un secteur d’activité qui reste malgré tout élitiste. Pour appeler un paysagiste, il faut avoir les moyens. J’avais envie de rendre ce service plus accessible. » Il cherche alors une solution pour le rendre plus abordable. Intéressé par la technologie, c’est là que naît l’idée qui va transformer sa carrière : concevoir des jardins en ligne. C’est ainsi que naît Nirvana Nature Online. L’entreprise propose un concept inédit de jardin en 3D, qui permet de créer son jardin à distance, mais accompagné par de vrais paysagistes. « Je voulais proposer des jardins partout, pour tous les budgets, et accompagner les gens sans être physiquement présents. On a inventé un kit haut de gamme : on fournit tous les plans 3D et un guide de réalisation – une trentaine de documents hyper détaillés – qui permet aux clients de réaliser eux-mêmes leur jardin avec l’accompagnement à distance d’un paysagiste confirmé. On donne tout : la liste des plantes, les mesures, les diamètres, comment poser une pergola… Les gens font des économies et évitent les erreurs coûteuses. Et s’ils le souhaitent, on est en capacité de leur proposer des solutions de mise en œuvre avec un réseau de professionnels que nous avons sélectionnés. » Cette double proposition d’expertise professionnelle et d’autonomie pour le client fait toute la singularité de l’entreprise. Et le modèle a immédiatement séduit, au-delà de ce qu’il avait imaginé. « On pensait travailler seulement en France. Mais avec Internet, on a rapidement vendu au Maroc, en Sicile, en Italie… jusqu’en Argentine ! »

Une entreprise hybride : de la terre et du digital

Mais Nicolas insiste : « On n’est pas des gens du digital qui se sont mis au paysage. On est des paysagistes qui se sont mis au digital. »Cette nuance change tout. Contrairement à beaucoup de plateformes en ligne, ici les plans ne sont pas générés automatiquement.« On n’utilise pas d’IA pour nos plans. Ils sont faits par des paysagistes, de A à Z. C’est important. »

Pour autant, la technologie n’est pas un gadget, elle est indispensable pour rendre le service accessible. Il s’est fait accompagner dans ce domaine par l’incubateur corse Inizia. Visio, données satellitaires, réseau de professionnels géolocalisés, et bientôt un logiciel innovant, en cours de développement, pour croiser topographie et imagerie satellite.
« On a un CTO chez Inizia, un chef développeur en quelque sorte, qui nous accompagne, pour développer ce nouveau logiciel qui est une innovation mondiale pour améliorer la précision du terrain. » L’entreprise, qui s’est largement développée, fonctionne ainsi aujourd’hui avec près d’une centaine de collaborateurs et partenaires répartis autour du globe. « Il y a environ 70 personnes pour la vente, dont une quinzaine en Corse. Et 20 à 25 concepteurs et modélisateurs. »

Une organisation totalement décentralisée qui permet à chacun de travailler depuis chez lui, parfois depuis son village. « Quelqu’un peut vivre au village et générer un revenu. Ça, c’est important pour moi. » Ce modèle en ligne a fait ses preuves. Nirvana Nature Online attire aujourd’hui une large clientèle de particuliers qui franchissent le pas pour s’offrir dès mille-cinq-cents euros la conception sur mesure du jardin de leur rêve ou de l’aménagement de leur balcon. « On respecte totalement la demande du client. Parfois, on nous demande trop de choses, ou des choses impossibles. Alors on explique, on conseille, on propose autre chose. » Sans compter des clients professionnels qui sous-traitent parfois une partie de leur travail. « Il y a beaucoup de paysagistes qui nous appellent pour qu’on fasse leurs plans, faute de compétences informatiques ou d’outils pour le faire eux-mêmes. Et parfois, certains intègrent ensuite notre réseau. »

En quelques années, Nirvana Nature Online est ainsi passée de projet expérimental à entreprise internationale, vendant des jardins aux quatre coins du monde sans jamais quitter la Corse.

Une dimension humaine toujours présente

Malgré la croissance, Nicolas n’a rien perdu de sa sensibilité. Il a beau diriger une entreprise devenue internationale, il reste très proche de la finalité de son métier : créer des espaces où l’on se sent bien. Et de se confier notamment sur un projet qui l’a particulièrement marqué, pour des clients dont l’enfant était très malade : « Ils souhaitaient lui faire un jardin pour qu’il ait un bel espace. Et même si on met un soin particulier à tous les projets, j’ai mis un soin vraiment particulier sur ce projet-là ! »Car finalement l’essentiel est bien là. Quel que soit l’IA, les plans en 3D, les réseaux internationaux, au fond, le fil conducteur n’a jamais changé « Les environnements dans lesquels on vit influencent notre bien-être. Si je peux aider quelqu’un à créer son Éden… alors j’ai réussi. »

www.nirvana-nature.com

@nirvananatureonline

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