Les profiteurs de guerre

Edito


Par Jean Poletti

Au lendemain des premières déflagrations, l’impact atteignit l’économie. Symbole éloquent, le pétrole connut une hausse spectaculaire. La faute au détroit d’Ormuz affirment main sur le cœur les distributeurs. Ces gestionnaires de multinationales transformèrent une réalité en effet d’aubaine. Engrangeant une énorme plus-value en un temps record. En empruntant à l’adage populaire « cela est de bonne guerre ». Et revient en mémoire la formule du communiste Fabien Roussel «la station d’essence est le seul endroit où celui qui tient un pistolet est aussi celui qui se fait braquer. » Que n’avait-il raison de voir rouge devant ces méthodes capitalistiques dont la seule doctrine est d’engranger les profits en forant l’élémentaire morale. Comment peut-on en effet admettre l’immédiateté de la hausse du prix dans les stations-service alors que celui du brut n’avait pas encore augmenté ? Et quand bien même on s’ébaudissait que le coût du baril oscilla autour de cent dollars, voire plus, en oubliant fréquemment qu’il contient cent-cinquante-neuf litres. Soit quelque soixante-dix cents le litre. Voilà qui fixe les esprits et permet de dire que raffineurs, transporteurs et distributeurs avaient une marge confortable sans qu’il leur faille faire valser les étiquettes. D’autant que ces trusts possédaient des stocks conséquents

qu’ils auraient pu écouler sans augmentation. Mais la mariée, fut-elle en sombre, n’est jamais trop belle pour ces spéculateurs qui trouvent normal d’empocher des super bénéfices arguant d’explications aussi poisseuses que le gasoil. Bref, toute honte bue, ils ont anticipé dans un éloquent non-dit du «passons la monnaie ». Sans verser dans les comptes d’apothicaires ces monopoles et leurs intermédiaires s’entendent comme larrons en foire pour optimiser le bien nommé or noir. Notre ministre de l’Économie répéta à l’envi qu’il veillerait à sanctionner les abus. Des agents de la répression des fraudes scrutent les stations-service. Mais cela n’est que roupie de sansonnet. Les véritables fraudeurs sont ailleurs. Délinquants en cols blancs et actionnaires qui rêvent déjà de juteux dividendes. Comparaison n’est pas raison, mais une telle situation fait étrangement penser à la période d’occupation. Des affairistes avaient organisé le marché noir à grande échelle. Pénalisant davantage encore une population victime de pénurie. Plutôt que de gesticuler mieux vaudrait que nos gouvernants agissent. Comment? Bloquer les prix, ouvrir partiellement le robinet des réserves n’ayant de stratégique que le nom, ou permettre qu’une partie des copieuses taxes profite aux consommateurs et non à l’État et autres distributeurs. Par ailleurs, dans une résurgence de l’histoire cette période est propice aux sempiternelles dialectiques. Tels, aux faux atours de chevaliers blancs, évoquent le droit international et l’interdiction de s’immiscer dans les affaires intérieures d’un État. Ainsi faudrait-il fermer les yeux devant imams et ayatollahs. Ayant amassés des fortunes déposées en lieux sûrs, ils tuent avec leurs complices des milliers de personnes. Et oppriment un peuple, ployant sous un insoutenable carcan, le privant au nom d’Allah de pain et de liberté. Ce régime, dont la main est derrière de nombreux attentats, certains perpétrés en France, a par ailleurs inscrit dans sa constitution la destruction d’Israël. Pourtant des bonnes âmes pacifistes, semblent reprendre la dialectique des Munichois. À ceux-là, Churchill rétorquait: «Vous avez voulu éviter la guerre au prix du déshonneur. Vous avez le déshonneur et vous aurez la guerre.» Voilà qui renvoie non seulement au droit, mais au devoir d’ingérence théorisé, entre autres, par Bernard Kouchner, qui n’était nullement un belliciste patenté. Lui, qui fut cofondateur de Médecins du Monde et de Médecins sans frontières, connaissait le calvaire des communautés, ployant sous le joug des dirigeants sanguinaires. Sa position tranchait singulièrement avec celle d’une intelligentsia adepte des salons où l’on cause. Brisons l’éventuel quiproquo. Ces digressions ne signifient pas d’être des thuriféraires de Netanyahou ou Trump. Il n’empêche, en occultant les jugements de valeur, qui peut affirmer qu’ils ne font pas aussi le sale boulot pour les démocraties ? Et lorsque le premier ministre espagnol fustige l’ingérence en Iran, on peut à tout le moins croire en sa sincérité. Mais les esprits suspicieux auront beau jeu de faire remarquer que depuis huit ans l’Espagne livre sans discontinuer des armes au islamistes iraniens. Relation de cause à effet ? En euphémisme disons que ce n’est pas une théorie utopique. Et la Corse dans ces intenses soubresauts géopolitiques? Elle est impactée en onde de choc. Ne produisant rien ou presque, la voilà une nouvelle fois tributaire des arrivages extérieurs. Il n’y a pas que l’essence ou le gaz. Bien d’autres produits subiront des hausses, qui de manière directe ou induite auront des répercussions sur le portefeuille du consommateur. Même si cela n’est pas une consolation, ces fluctuations économiques ne sont aucunement une première chez nous. Conflits ou pas, notre région ne perdra pas de sitôt la place peu enviée de championne des prix élevés et du moindre pouvoir d’achat. Le scandale de l’essence qui n’est pas consubstantiel aux affrontements du Moyen-Orient en est l’une des tristes illustrations.

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