Les nouvelles filières ont tenu salon
Le grand rendez-vous agricole de Paris se déroula dans une ambiance insolite. Pas de bovins pour cause d’épidémie de dermatose. Un Président quelque peu chahuté. Pour autant la Corse était avantageusement représentée par des producteurs qui alliaient efficience et originalité.
Par Jean Poletti
La porte de Versailles n’abrita pas cette fois la plus grande ferme du monde. Une première depuis soixante ans. Elle était en effet amputée des emblématiques races de vaches laitières ou à viande et de la célèbre « Oupette » qui en était l’égérie. Ajoutons que lors de l’inauguration de la foire, le monde paysan mit quelque peu en jachère la présence du Président, qui ne laboura pas en terrain conquis. Qu’importent ces aléas. La Corse était présente et ne faisait pas de la simple figuration. Un budget de quelque six-cent-cinquante mille euros octroyé par la collectivité territoriale et l’Odarc permirent de préparer et de mettre en œuvre une opération qui indubitablement rencontra le succès. Le choix pertinent des organisateurs consista à mettre en lumière et valoriser les filières, dont les productions furent présentées collectivement. Cette méthode privilégiant la collégialité fut assumée et explicitée par les initiateurs. Elle se voulait notamment un obstacle à l’effet d’aubaine pour certains de profiter de l’argent public pour se rendre dans la capitale et vendre leurs propres produits. Pas d’individualisme. Bannis ceux qui voulaient jouer leur carte personnelle.
Pas de cavalier seul
L’esprit et le concept furent tout autre. Ils tiennent en peu de mots, consistant à mettre davantage en exergue les productions et non les producteurs. Voilà qui renvoyait auprès des visiteurs l’image d’un talent global, bénéficiant dans ce droit fil d’un label général. Une manière de démontrer que si excellence il y a, elle est aux antipodes d’éventuelles démarches isolées et mercantiles. Cela fut d’ailleurs explicité par Marie-Pierre Bianchini, directrice de l’Office du développement agricole et rural de la Corse.
C’est dans cet esprit que soixante-dix agriculteurs et producteurs de l’île se succédèrent durant la dizaine de jours de la manifestation. Chacun dans son domaine apporta sa contribution pour mieux faire connaître, et ainsi apprécier, ces produits d’une terre qui forgent l’identité.
Ainsi, en déambulant dans les allées de la « Maison corse », les visiteurs purent valider l’idée que le travail l’engagement et la persévérance faisaient éclore les fruits de l’excellence.
Sans aller jusqu’à dire que notre monde rural offre un nouveau visage, il n’est pas exagéré d’affirmer que de bénéfiques évolutions sont patentes. Les productions traditionnelles et récentes se conjuguaient harmonieusement au gré des stands, offrant ainsi la diversité sur le socle de la qualité. Elle tissait un fil rouge allant du fromage à l’agneau, de la charcuterie au vin, de la bière, du miel aux agrumes et les huiles essentielles.
Les lauriers du succès
S’agissant de celles-ci nul doute qu’elles répondent à une demande dans le domaine cosmétique aux atours de naturel. Ces plantes aromatiques cultivées et valorisées surent se faire une place dans la production locale. Encore marginales voilà peu, elles sont rapidement devenues incontournables dans l’offre commerciale. Ce succès, qui n’est pas seulement d’estime, n’incita nullement ses acteurs à s’endormir sur leurs lauriers. Tant s’en faut. Dans une évidente stratégie d’accroître et de rationnaliser cette jeune activité, des efforts furent entrepris. Ils sont récompensés par une visibilité accrue et une reconnaissance du savoir-faire alliée au faire-savoir. Et nul ne se hasarde pas à suggérer que les quarante-cinq professionnels de ce secteur ne sont pas agriculteurs. Ils s’attireraient la réponse de la présidente de leur association Sophia Keyserlingk. « Notre produit est issu de la terre, il s’agit de culture et de récolte. » Aussi loin d’être une sorte de franc-tireur, ce domaine est à l’évidence partie intégrante et pour tout dire un atout supplémentaire dans la doctrine de tradition et modernité affichée par l’ensemble des corporations qui veulent vivre et travailler dans le rural. Et ainsi le faire vivre au quotidien.
Abeilles reines
D’un exemple, l’autre, et sans faire une relation exhaustive, citons en autre exemple l’apiculture. U mele nustrale, qu’il soit d’acacia, de châtaigne, dit toutes fleurs ou de montagne, est unanimement apprécié, ici, sur le continent et même à l’étranger. Bien sûr le changement climatique, pesticides et accessoirement les vols, non pas du bourdon mais des ruches, ne sont pas toujours propices à des miellées sereines. Mais les éleveurs d’abeilles savent faire front, et en l’occurrence dépasser ces aléas pour offrir une production riche et variée, pure et naturelle. Qu’il s’agisse du miel, de la gelée royale, et autre hydromel que les Grecs qualifiaient de nectar des dieux.
Créativité en partage
C’est tout cela et bien d’autres choses encore qui furent réunis dans ce salon où durant une dizaine de jours la Corse porta haut les couleurs de sa créativité. Elle les donna en partage lors des repas servis par le restaurant pédagogique de l’Afpa.


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