ÉDITO
Par Jean Poletti
Mars dit-on est le mois des fous. Depuis les Romains, il s’inscrit dans le temps comme celui des outrances, ponctué par l’assassinat de César par son fils Brutus. L’actualité regorge malheureusement de ces turpitudes. Dans une sorte d’opposition frontale à ce que l’on nomme la civilisation ressuscite la barbarie. En Iran, les gardiens de la révolution, bras armés des mollahs, ont assassiné en deux jours des milliers de manifestants qui rejetaient une infâme dictature. Une révolte contre la misère et la faim d’un peuple brisé au nom d’Allah, par ceux qui engrangent des fortunes et s’installent souvent dans les pays du Golfe pour y mener grand train. Oubliées les promesses de Trump d’aider ceux qui n’avaient que leur courage à opposer aux balles. Ils furent passés par pertes et profits dans un bras de fer circonscrit aux missiles et le nucléaire. Poutine continue sans relâche à martyriser l’Ukraine. À la peur et la faim s’ajoute le froid car le nouveau tsar de Russie cible les centrales électriques. Ne pouvant l’emporter sur le terrain, il emploie des méthodes staliniennes, que l’on pensait révolues à jamais. Les pays frontaliers de l’ogre affamé renforcent leurs défenses et sont sur le pied de guerre. Insidieusement le Moyen-Orient et l’Europe dansent sur une poudrière, à cause d’idéologies religieuses dépravées ou de volonté d’expansion. L’histoire ne doit rien au hasard. Il convient de se rappeler que l’ayatollah Khomeyni fut hébergé par la France et confortablement installé à Neauphle-Le-Château, près de Paris. Il eut toute latitude pour préparer la chute du chah et instaurer la charia. Un dictateur qui rêvait de reconstituer la grande Perse chassé par la révolution islamiste. Le peuple y gagna-t-il? Si les régimes autocrates laïcs cessent fréquemment avec la disparition de leurs mentors, cela relève de l’exception s’agissant d’une idéologie puisée dans le Coran. Il s’instaure comme un droit de suite qui feint de camper la vérité inaliénable et intemporelle. Dans cette situation mortifère affleure une comparaison entre le maître du Kremlin et Hitler. Tous deux ambitionnaient de conquérir l’espace vital. L’un et l’autre bénéficièrent d’emblée d’une certaine passivité aux lisières de la lâcheté, facilitant leur ascension fulgurante. Sans convoquer le passé, nul ne peut infirmer que les voix de Churchill et De Gaulle font cruellement défaut. En lieu et place, nous avons des représentants inaudibles sur la scène diplomatique. Et les représentants de la France sont devenus de simples témoins passifs qui toute honte bue se satisfont d’un petit strapontin dans les réunions internationales. Pis encore, ils affichent des dissensions. Ainsi par exemple lorsqu’il y eut l’opération Maduro au Venezuela, notre ministre des Affaires étrangères condamna sans réserves. Peu après, le président de République le contredit et approuva. On a dû bien rire dans les chancelleries. Ne remuons pas le couteau dans la plaie. Sauf à dire que de telles passivités concernant les affaires du monde, dont nous sommes inévitablement frappés en onde de choc, indiquent mieux de vains discours qu’un pays part à vau-l’eau. Insécurité, drogue, économie en repli, montée du chômage, paupérisation. N’en jetons plus, la cour est pleine. Et Macron dans une récente communication évoquant ses neuf années de mandats eut ce propos surréaliste «c’est chouette, c’est la vie.» Oublié le Mozart de la finance, au vestiaire les théories du ruissellement et de l’offre, en jachère sa promesse de juguler le Rassemblement national. Il ne lui reste qu’un fidèle grognard, Sébastien Lecornu, sans lequel le Waterloo élyséen serait complet. Deux chiffres suffisent à camper l’ampleur de la débâcle. Cent-quatre-vingts ministres en moins de deux quinquennats et soixante- huit mille défaillances d’entreprises l’an dernier. Dans ce climat morose, la Corse, sauf à la croire en autarcie, ne peut être épargnée, fut-ce en incidence. Un État en faillite, un endettement vertigineux, sont sans conteste une annonce de pénurie financière liée à la réduction drastique d’aides aux collectivités ou de subventions s’inscrivant dans la solidarité nationale. Mais chacun sait ou pressent que notre île n’est qu’une goutte d’eau dans l’océan où tente de surnager le pays. Et que dire de ce parlement poussant des cris d’orfraie contre ses prérogatives foulées aux pieds par l’exécutif. Il eut le pouvoir, certes multiforme, après la dissolution. En fit-il bon usage. Nul consensus mais des philippiques incessantes dans l’hémicycle. Aucune démarche constructive mais des jeux de rôle politiciens. Et finalement un budget au 49.3 qui permet aux députés et sénateurs de se dédouaner à bon compte en disant faussement outrés : « ce n’est pas notre faute mais le fait du prince ». Cette séquence eut des effets désastreux dans l’opinion publique et la majorité silencieuse. Elle creusa davantage encore le fossé avec la classe politique. Aussi attention à la réaction courroucée lors des prochains scrutins. Dans quelques jours ou dans un an. Mars disions-nous est le mois des fous. Laissons toutefois percer une note d’espoir en écoutant le poète : « Mars qui rit malgré les averses prépare en secret le printemps. » À qui veut déceler un aspect symbolique, voilà qui indique, malgré tout, que le pire n’est pas sûr. Et que les beaux jours reviendront…

Les commentaires sont fermés, mais trackbacks Et les pingbacks sont ouverts.