Le Sénat, médecin efficient du CHU

À l’unanimité ! La haute assemblée n’a pas lésiné. Son vote rejoint celui de l’Assemblée nationale. Le projet du Centre Hospitalier Universitaire de l’île sort enfin de sa léthargie, des faux-fuyants et renoncements ministériels, qui jalonnèrent une revendication légitime.

Par Jean Poletti

Trois-cent-trente-neuf suffrages exprimés. Autant de votes pour. Un scrutin sans appel émanant des sénateurs. Une étape décisive dans ce dossier trop longtemps tributaire d’oppositions gouvernementales, larvées ou frontales, confinant au déni de démocratie. Le palais du Luxembourg fit en l’occurrence sa révolution. Les différents orateurs qui se succédèrent transcendèrent les clivages politiques pour renvoyer aux calendes grecques les arguties de maints ministres de la Santé qui amputèrent et anesthésièrent l’accès aux soins. Brisant ce cercle fallacieux, les sénateurs épousèrent pleinement leurs missions de représentants des territoires. Quelques auditions et les synthèses d’analyses les conduisirent à un diagnostic incontournable. Le CHU est non seulement souhaitable mais également nécessaire dans l’île. Sans extrapoler outre mesure disons simplement que plus de vingt-mille personnes sont annuellement contraintes de se rendre sur le continent pour bénéficier des soins et thérapies qu’elles ne trouvent pas sur place.

Dénis ministériels

Cet exode médical n’est nullement la faute des praticiens exerçant ici, mais découle d’une cruciale absence de plateaux techniques que seule peut offrir une structure fondant dans un même creuset logistique de pointe et pôle de recherche. Fallait-il être grand clerc pour le comprendre et l’admettre ? Sans doute. Nous n’aurons pas la cruauté de réactualiser les propos de certains qui, installés dans leurs bureaux lambrissés de la République, eurent à connaître de cette problématique. Projet inutile, trop coûteux, disproportionné. Brisons cette liste de fadaises qui confine à un mélange d’incompétence et de méconnaissance. Avaient-ils seulement conscience qu’au-delà de toute considération, ils détournaient allègrement la loi, qu’ils avaient pourtant mission de défendre. Et à tout le moins de respecter ?

À cet égard, François Braun fut un cas d’école. Il balaya d’un revers de manche l’idée même de centre hospitalier universitaire. Un ukase que partageaient nombre de ses prédécesseurs, sous des formes moins abruptes. Des postures illustrant l’anachronisme confinant au mépris, faisant de notre île la seule et unique région française à être dépourvue d’un tel établissement de santé.

Triste spécificité

Dans une sorte de douloureux pied de nez, le véto du ministre de la Santé intervint au moment où Gilles Simeoni plaidait devant Darmanin pour sa création. Voilà qui mit une nouvelle fois en parenthèses les diverses opérations de sensibilisation émanant de la collectivité, du docteur Bianca Fazi, conseillère exécutive, de son confrère François Benedetti, pour ne citer qu’eux. Mais aussi des élus insulaires. Et en démarche d’alliance, la signature d’une pétition de médecins continentaux.

Au risque de répéter à l’envi une triste évidence, la Corse se distingue en l’occurrence par une spécificité dont elle se serait aisément passée. Nous l’avons déjà évoqué dans nos colonnes, mais une telle injustice est tellement criante que la dénoncer sans relâche devient naturel. L’entendement chancelle. L’esprit se révolte. Le bon sens se cabre. Par quelle curieuse alchimie décisionnelle ce qui est la normalité sous les cieux hexagonaux ou plus lointains est chez nous interdit ? Au-delà du bien-fondé de cette lancinante requête, se dessine en toile de fond la rupture de l’égalité de l’accès aux soins. Et pour tout dire, l’arbitraire fait du prince aussi coupant qu’un scalpel.

Féroce hostilité Faut-il redire les multiples interventions du député, par ailleurs praticien, Paul-André Colombani. Il revint (…)>>> La suite de cet article est à retrouver dans Paroles de Corse #152 du mois d’avril 2026 en vente ici

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