In the backstage

Sara-Jane Richardson

Portrait

Par Karine Casalta

Personnage de l’ombre, elle a travaillé avec de nombreux artistes, des plus confidentiels aux superstars les plus excentriques. Après avoir exercé son métier avec passion durant plus de 30 ans au côté des grands noms qui ont fait la profession, c’est en Corse, aujourd’hui, que cet agent d’artistes a choisi de réinventer sa vie.

« Lorsqu’on travaille pour les artistes, on ne s’appartient plus »

Née à Londres en 65, Sara-Jane a baigné depuis l’enfance dans un milieu artistique décalé et libertaire. Sa mère originaire de Nonza, arrivée un an plus tôt dans le cadre de ses études, y avait rencontré son père, un artiste britannique évoluant dans le milieu underground. Tout en demeurant très liée à la Corse où elle se rend régulièrement pour venir voir sa grand-mère, surveillante générale au lycée de Bastia, Sara-Jane grandit très librement dans une maison communautaire, au cœur des années hippies. À l’âge de 15 ans, déscolarisée et émancipée, sa rencontre amoureuse avec un musicien, Rascal Suquet, issu du rock alternatif, l’a conduite à regagner Paris. Tous deux fous de musique et évoluant dans un milieu de gens « funky et marginaux » prennent alors pour point d’ancrage les Bains Douches et le Gibus club, où rapidement ils font de nombreuses rencontres. Ils commencent aussi à faire venir des groupes anglais pour leur organiser des concerts dans des bars de la capitale. Participant activement à la création et à la vie d’une scène musicale alternative parisienne naissante, avec une ribambelle d’artistes tels Manu Chao, la Mano Negra, Bérurier noir, Los Carayos, etc., ils créent sur cet élan une association « Les Barrocks » et fondent en 1984 le label Creepy Crawly, qui signe Les Wampas, et les Daltons, deux groupes qui vont bientôt connaître un certain succès. À cette même époque, atteignant l’âge de la majorité l’autorisant à travailler, Sara-Jane, bien décidée à gagner sa vie, est candidate auprès de maisons de disques.

Un parcours jalonné de rencontres

Parlant parfaitement anglais, elle est bientôt engagée chez WEA (Warner, Elektra, Atlantic) alors présidé par Daniel Filipacchi, incontournable dans l’industrie musicale, qui commercialise et produit alors de nombreux artistes de la chanson française comme France Gall, Michel Berger, Daniel Balavoine, Véronique Sanson… Elle va ainsi commencer à travailler auprès de Bernard de Bosson, le vice-président, « un patron incroyable ». « J’ai vécu des choses hallucinantes ! Un jour j’ai vu Prince débarquer avec ses trois managers, j’étais épatée ! » Très formatrice, l’expérience est néanmoins de courte durée puisque à peine un an plus tard, elle rejoint Jacques Wolfsohn, éditeur notamment de Françoise Hardy et Jacques Dutronc, ami de Serge Gainsbourg, et grand découvreur de talents « C’est réellement là que j’ai appris ce qu’était l’édition musicale. » Mais Wolfsohn souhaitant mettre son catalogue en gestion peu de temps après, il l’incite bientôt à trouver un nouvel emploi. Informé qu’elle aime la scène et les tournées, il la pousse à rejoindre Artmedia, dirigée par Bertrand de Labbey, un ami à lui. Quelque peu déroutée par sa personnalité atypique et son look psychédélique, De Labbey, sous la pression de Wolfsohn, finit malgré tout par l’embaucher. Son passage dans cette agence artistique qui a depuis inspiré la série à succès « Dix pour cent » va marquer son parcours. Découvrant véritablement le métier d’agent, elle y apprend la production de spectacles avec Julien Clerc, Renaud, Maxime le Forestier, Muriel Robin, Élie Semoun, ou des pièces de théâtre comme « Le dîner de cons » avec Jacques Villeret, et manage bientôt des artistes d’envergure comme Jean-Louis Aubert ou Elli Medeiros. Amenée à travailler un long moment avec Carole Laure et Lewis Furey, notamment pour la sortie de leur album « Western Shadows », elle est alors débauchée par Fnac Musique, leur maison de disque, pour les managers de A à Z et surtout prendre la tête des départements marketing et export.

Une vie dédiée aux artistes

Gérant les ventes à l’étranger, elle participe alors à la création et à la promotion de nombreux projets, pour le rap et la soul en particulier, avec des artistes tels que Queen Latifah, Les Tambours du Bronx, ou encore Willy DeVille, qui connaît alors un énorme succès avec sa reprise du titre « Hey Joe » de Billy Roberts. Durant 4 années de travail non stop où elle trace son sillon dans le métier, sa propre carrière est alors bien lancée. Bientôt rappelée par Artmedia, elle y revient pour monter les tournées en France et à l’étranger d’artistes connus ou moins connus, et contribue à lancer de nombreuses carrières. Extrêmement impliquée auprès des artistes, qu’il s’agisse de faire des choix stratégiques, négocier les contrats, caster les musiciens et les techniciens, elle est aussi présente pour régler tous les problèmes, calmer les angoisses, apaiser les crises ou gérer déprimes et coups de blues 24h/24. Sa vie leur est entièrement dédiée ! Forte de ses succès, Bertrand de Labbey lui propose alors de devenir coactionnaire d’une structure de management créée pour elle, « Voyez mon producteur », dont elle prend alors les rênes. Après avoir travaillé avec les plus grands, comme Patrick Bruel, Alain Souchon, Julien Clerc, Renaud, ou Maxime Le Forestier, mais aussi Charlotte Gainsbourg, Carla Bruni, Air, Martin Rappeneau, ou encore Fabrice Luchini, pour ne citer qu’eux, elle décide il y a 6 ans de s’accorder une année sabbatique pour prendre le temps de respirer. C’est à Nonza qu’elle vient ainsi se ressourcer durant quelques mois avant de rentrer à Paris bien décidée à changer de vie. Mais c’est sans compter les sollicitations de plusieurs artistes qui la pressent de reprendre son activité. Elle retrouve alors le métier. Élargissant son périmètre d’action, elle s’associe avec une spécialiste du droit d’auteur pour créer une nouvelle structure majoritairement tournée vers le théâtre. « Flash dance », « Saturday night Fever », « Priscilla folle du désert », elle monte ainsi plusieurs projets proposés à des producteurs, et représente plusieurs auteurs anglais dont les pièces montées en France seront saluées par des nominations aux Molières. Revenue s’installer en Corse depuis quelques mois, elle aspire aujourd’hui à réinvestir sa vie et vivre enfin pour elle. Elle est ainsi devenue partie prenante dans la gestion de l’hôtel Central à Bastia. Une nouvelle scène en quelque sorte que, nous n’en doutons pas, elle saura là encore mettre en lumière !


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