Bastia et Ajaccio le rural – Des municipales reflets d’enjeux multiples

Les chemins des urnes auront le mois prochain des configurations différentes. La césure classique entre le rural et les villes se doublera cette fois de l’ enjeu bastiais et à un degré moindre celui d’Ajaccio. Avec en corollaire l’inconnue en diverses localités du Rassemblement national et de ses alliés. Dans le sillage des dernières législatives ils n’entendent pas se limiter à des candidatures de principe.

Par Jean Poletti

Au rendez-vous de la démocratie locale tout semble similaire aux confrontations passées, mais il recèle cette fois des différences notables. Parmi elles, en point d’orgue, figure sans conteste la bataille de Bastia. Elle capte d’ores et déjà analyses, commentaires, attention et spéculation. Toutes oscillent autour du retour de Gilles Simeoni dans la cité qu’il enleva à la longue hégémonie zuccarelliste. Un succès qui le propulsa rapidement au sommet de la fonction territoriale. D’aucuns évoquent une surprenante volte-face. D’autres qu’il quitte prématurément un fauteuil acquis de haute lutte pour des raisons tactiques. Ici, on murmure qu’il lâche la proie pour l’ombre, tandis qu’en contrepoint tels ne sont pas loin de penser que son entrée en lice est une assurance pour sa mouvance de conserver la citadelle bastiaise. Aussi militants et compagnons de route clament sous tous les toits qu’une telle décision fut mûrement réfléchie et prise collégialement. À l’unisson ils répètent que Pierre Savelli n’a nullement démérité, mais qu’une autre stratégie doit s’instaurer. D’ailleurs avec un certain panache le maire sortant fait contre mauvaise fortune bon cœur, s’affichant sans réticence aux côtés de son prédécesseur qui aspire à lui succéder. La liste sera sensiblement remaniée, mais sans faire injure aux qualités de ceux et celles qui la composent nul n’ignore qu’il s’agira à maints égards d’un référendum invisible, se résumant à une dualité sommaire, au non-dit éloquent. Pour ou contre le candidat Simeoni, voilà qui s’apparente à un accord sinon tacite à tout le moins de circonstance des diverses oppositions. Elles s’affrontent à fleuret moucheté, réservant de principales flèches à celui qui choisit de s’éloigner de la place du Diamant pour entrer dans l’arène de la place Saint-Nicolas.

« Tout continue, tout recommence »

Sans verser dans l’extrapolation, cette stratégie du « tous contre un », qui ne dit pas son nom, porte en elle le risque de valoriser davantage encore celui qu’on tente d’isoler. En règle générale l’opinion publique goûte en effet peu ou pas ce qu’elle considère comme un stratagème proche du dénigrement. Cette perception, qu’elle reflète ou pas la réalité, conduit l’électeur à penser qu’un des compétiteurs sort du lot, ce qui suscite l’animosité des autres à son égard. Il est vrai que dans les annales insulaires un tel retour vers le futur est unique. Le choix opéré par celui qui occasionne une sorte de révolution copernicienne. En revenant sur les lieux de son premier succès, il peut susciter quelques interrogations. Elles sont balayées d’un revers de manche dans une explication qui allie réalités et perspectives. Celui qui aspire à redevenir premier magistrat municipal souligne à l’envi que la situation actuelle doit allier gestion locale et vision globale. Et évoquant son expérience duale il se dit capable de remplir ces deux conditions. Maire à plein temps, mais avec une large vision des problématiques insulaires qui lui permettront, fut-ce momentanément , de s’impliquer dans le passage de relais à l’Assemblée territoriale. Tout en continuant d’être acteur dans le processus d’autonomie, qu’il porte à bout de bras. Voilà la doctrine que livre au fil de sa campagne Gilles Simeoni. D’où sa phrase lors du premier rassemblement qui se tint sur le môle des pêcheurs « Parce qu’ici tout a commencé il y a onze ans, je vous propose qu’à partir d’ici tout continue et tout recommence. »

Mossa Palatina en embuscade

Mais au-delà de ces digressions, utiles à sérier une situation, nul doute que les autres challengers ne l’entendent pas de cette oreille.

À commencer par Nicolas Battini. Le candidat de Mossa Palatina peut en effet dire en parodiant Corneille « je suis jeune, il est vrai ; mais aux âmes bien nées… » Le voilà intronisé par Marine Le Pen, auréolé par un sondage dans Le Figaro, où il figure parmi les trois cents personnes de moins de trente-cinq ans appelées à jouer un rôle clé en France. Sa liste baptisée Populu di Bastia fédère plusieurs mouvances dont l’UDR d’Éric Ciotti. Toutes convergent vers les « intérêts du peuple. » Un projet qui décline la priorité aux Corses, la sécurité et la rigueur budgétaire. Sa démarche se revendique du populisme. Notion jugée péjorative chez certains, mais que lui qualifie de noble et susceptible de répondre aux attentes d’une communauté. En incidence s’impose aussi à ses yeux la nécessité de refonder le nationalisme. « Il devait à Bastia et ailleurs défendre les idées de Pascal Paoli mais nous avons eu Robespierre et les amis de Mélenchon. » Aussi son parti est-il affiché sans réticence « Renverser l’ordre établi. »

Cette dernière formule, digne d’une révolution de palais, ne déplaît sans doute pas à Jean-Martin Mondoloni. Il prend la tête d’une coalition qu’il peut surprendre. Elle est composée de représentants de droite, mais aussi de Jean Zuccarelli et de radicaux, valoisiens ou de gauche.

Vous avez dit bizarre ?

Lui l’édile libéral, mâtiné de régionalisme et président du groupe territorial Un Soffiu Novu, faisant cause commune avec ceux qu’il est censé combattre ne relève-t-il pas de l’anachronisme ? Nullement rétorque-t-il. Est-ce à dire qu’il fait sien le célèbre précepte « les ennemis de mes ennemis sont mes amis ? » Pas vraiment non plus. En forme de boutade, il affirme être parfois « pour des raisons de loyauté évidentes plus en confiance avec des hommes et des femmes de gauche qu’avec certains de droite ». On voit aisément qui est visé. Plus prosaïquement et sans se muer en avocat de la défense, rappelons que Jean-Martin Mondoloni aspirait à un large rassemblement. Durant l’été, des réunions se succédèrent mais finalement Uniti, la mouvance de Julien Morganti, acta la fin des négociations et décida de faire cavalier seul. Son programme « Redonner à Bastia sa place de capitale économique de la Corse. » Un renouveau qui implique de redynamiser le centre, créer des parkings, et attirer des sièges sociaux au cœur de la cité. Ou encore la création d’un office du tourisme et du commerce, le développement des transports en commun et leur gratuité. Ces thématiques, jugées non seulement souhaitables mais nécessaires, n’interdisent pas celui qui se dit porteur « d’une alternative sincère crédible et ambitieuse, de réclamer la démission de ses fonctions territoriales, afin de garantir une élection équitable ».

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