« Avant l’Orage »
DE JEAN-PIERRE NUCCI
AUX ÉDITIONS ÉRICK BONNIER
QUAND L’HISTOIRE ÉCLAIRE LE PRÉSENT
Avec Avant l’Orage, paru le 19 février 2026 aux éditions Érick Bonnier, Jean- Pierre Nucci poursuit une ambitieuse fresque romanesque* ayant pour fil conducteur Napoléon Bonaparte. Ce troisième volet nous plonge au cœur du Consulat, période charnière où la France, lasse du chaos révolutionnaire, s’en remet à un homme providentiel, au risque de troquer la liberté contre l’ordre.
L’Histoire est ici racontée à hauteur d’hommes. Deux hussards, Émile Ducoroy, fougueux et instinctif, et Marcellin Marbot, réfléchi et mesuré, servent de guides au lecteur. À travers leurs itinéraires croisés, Jean-Pierre Nucci explore les tensions d’une époque en recomposition, tiraillée entre aspiration à la paix et dérive autoritaire.
La première partie, La fin du désordre, démontre comment Bonaparte, jeune Premier consul, met fin à l’anarchie. Le rythme donne le ton. Le récit file à toute allure, dans une veine qui n’est pas sans rappeler Alexandre Dumas, afin de mieux décrire l’énergie déployée par les deux hussards pour se défaire d’un complot ourdi à leur encontre par la police de Fouché. Intrigues, faux-semblants, poursuites… L’échappée les mène loin de Paris, jusqu’en Sarthe, dans une scène d’une intensité presque tragique, où le romanesque flirte avec le destin.
Dans la deuxième partie intitulée L’outrage à la liberté, le rythme ralentit: le temps n’est plus à l’intrigue, mais bien au divertissement. Une majorité de Français se félicite de la paix** retrouvée. Paris s’abandonne aux plaisirs, aux bals, aux théâtres, à une effervescence que l’auteur restitue avec gourmandise. Mais sous cette insouciance affleure déjà l’inquiétude. Tandis que Bonaparte concentre les pouvoirs, quelques voix s’élèvent, celle de Madame de Staël notamment. Entre Madeleine de Beaumont et Mathilde de Monteynard, Émile et Marcellin goûtent aux bonheurs fragiles d’un monde qui ignore encore ce qu’il s’apprête à perdre.
La troisième partie, Les sacrifices à la gloire, scelle la rupture. La République s’efface, l’Empire surgit. La «descente»***, si chère à Napoléon, échouera; l’esprit perspicace du tout nouvel Empereur des Français l’incitera à changer de plan, sa Grande Armée marchera vers l’Autriche. Austerlitz devient le théâtre de la grandeur comme de la désillusion. Affectés au 7e régiment de hussards, les deux amis en sortent victorieux, mais profondément marqués. La gloire a un prix, et Jean-Pierre Nucci n’en gomme ni l’éclat ni l’amertume.
Au-delà du plaisir romanesque, Avant l’Orage interpelle le lecteur à bien des égards. Les résonances avec notre époque sont troublantes. Face aux peurs contemporaines — insécurité, criminalité, fragilité des institutions — revient la tentation de l’homme fort, du pouvoir concentré, de l’ordre à tout prix. Comme sous le Consulat, une partie de l’opinion réclame la fin du désordre, quand d’autres alertent sur les atteintes à l’État de droit****.
Jean-Pierre Nucci ne le tranche pas. Il n’absout ni ne condamne Napoléon, trop complexe pour se prêter à un jugement simpliste. Fidèle à l’esprit du roman historique, il éclaire, questionne, et laisse le lecteur libre de sa réflexion. Avant l’Orage est de ces livres qui divertissent tout en éveillant la conscience — et c’est sans doute là leur plus grande réussite.
*LE DÉSERT SANS LA GLOIRE, LE CHOIX DU SABRE. AVANT L’ORAGE. ÉDITIONS ÉRICK BONNIER.
**PAIX D’AMIENS. TRAITÉ DE PAIX SIGNÉ LE 28 MARS 1802 ENTRE L’ANGLETERRE ET LA FRANCE. ***DESCENTE: TERME EMPLOYÉ POUR DÉSIGNER L’ENVAHISSEMENT DE L’ANGLETERRE.
**** MENACE SUR L’ÉTAT DE DROIT DE PATRICE SPINOSI. ALLARY ÉDITIONS.
À propos de l’auteur:
Né à Ajaccio en 1959, Jean-Pierre Nucci vit et travaille à Paris où il mène une carrière professionnelle de coach et préparateur sportif et a écrit plusieurs ouvrages sur le sport. Passionné de littérature, il est aussi l’auteur de plusieurs romans et récits, Monteggiani, La Guardiola et Bastarda, parus aux éditions Mon Village, Le désert sans la gloire, Le choix du sabre, romans historiques, chez Érick Bonnier éditeur, qui précédent Avant l’Orage, dernier roman de sa trilogie consacrée à Napoléon Bonaparte. Il collabore aussi régulièrement à notre magazine Paroles de Corse.
RENCONTRE
Par Karine Casalta
Qu’est-ce qui a inspiré ce roman ?
Napoléon Bonaparte, indubitablement, comme pour mes deux précédents livres. Avant l’Orage s’inscrit dans une trilogie consacrée à cet illustre personnage. Le premier ouvrage Le désert sans la gloire raconte l’Égypte, le deuxième, Le choix du sabre, la campagne d’Italie, et celui-ci le Consulat.
Où placez-vous la frontière entre vérité historique et liberté romanesque ?
La frontière est ténue, il est possible de la déborder bien que la liberté romanesque se doit d’être limitée, à moins d’écrire un livre loufoque. « Napoléon sur la lune » ou je ne sais quoi encore. Plus sérieusement, j’ai pour principe avant d’entreprendre la rédaction du texte de bien définir le cadre historique dans lequel mes personnages évoluent. C’est une règle que je me suis fixée et à laquelle je m’efforce de ne pas déroger. Généralement je me documente abondamment. Pour Avant l’Orage, j’ai lu plusieurs ouvrages, celui qui m’a le plus nourri est un livre publié par le CNRS, Paris sous le Consulat, lettre d’un voyageur anglais, de Francis William Blagdon où j’ai appris beaucoup sur les habitudes des Parisiens.
Que vous évoque spontanément cette période du Consulat ?
Les grandes réformes institutionnelles entreprises par Bonaparte. La France contemporaine s’est construite pendant cette période. Banque de France, Conseil d’État, administration préfectorale, Code civil, la liste est longue, elle s’étend jusqu’à la numérotation des rues.
Qu’est-ce qui vous fascine le plus dans cette période ?
Après l’écriture de ce livre, mon regard a changé, avant j’aurais répondu les réformes citées plus haut, désormais ce qui me fascine le plus est l’effervescence qui animait l’esprit des gens en ce début de xixe siècle. Paris était déjà une fête. Les rues étaient joyeuses, on produisait des spectacles tous les soirs : théâtres, opéras, on organisait des bals, les restaurants, cafés, débordaient de clients… Tout cela dans un climat d’incertitude.
Selon vous, qu’est-ce qui durant cette période résonne le plus avec notre époque ?
Cet appel à l’ordre, à la force. Bonaparte a mis fin au trouble généré dans le pays au cours des dix années précédentes. La Révolution, la guerre, l’absence de ligne politique du Directoire, avaient déstabilisé le pays. Quand il a pris le pouvoir, par la force ne l’oublions pas, la guerre faisait rage, l’économie était atone, le brigandage omniprésent, les institutions fragilisées.
Les Français étaient exaspérés par tout ce désordre. Ils réclamaient de l’ordre dans les rues et une justice plus sévère. Cet état d’esprit résonne fort avec la période actuelle. Une légifération qui conduirait à une répression accrue fit craindre le pire chez les juristes. Ils redoutent de voir advenir une société certes ordonnée, mais moins libre. Ils n’ont pas tort. Aux États-Unis, Trump a répondu à ce vœu de la façon la plus contestable qui soit. La répression conduite par l’ICE en est l’illustration. Les médias sont en passe d’être muselés, la démocratie craque de toutes parts, il use d’une propagande mensongèrepourmieuxrevendiquerses actes. Ce dérapage institutionnel peut arriver en France. Il convient de bien réfléchir avant de voter.
Qu’est-ce qui, pour vous, force l’admiration chez Bonaparte ? Et qui pourrait le rendre détestable ?
J’admire le jeune Ajaccien qui quitte son île pour mieux s’épanouir ailleurs. C’est le côté romanesque du personnage que je préfère. La trajectoire est un peu la mienne, à une échelle plus modeste, cela est entendu. Je me retrouve en lui. Si je suis fasciné par Bonaparte, je n’aime pas Napoléon. Je condamne sans réserve sa dérive despotique, le roman ne s’intitule pas Avant l’Orage pour rien.
Quel personnage réel ou imaginaire de cette époque, auriez-vous aimé rencontrer ? Talleyrand sans hésiter. Il est encore enseigné dans toutes les chancelleries du monde.
On lui doit le principe de légitimité. Celui qui dirige un pays doit être reconnu par son peuple, sans cela il ne peut gouverner. C’est simple, mais il fallait y penser. Talleyrand l’a imposé au Congrès de Vienne.
De manière générale, qu’est-ce qui vous pousse à prendre la plume ?
Une force supérieure. Un désir d’écrire une histoire, d’inventer des personnages, de les voir évoluer à ma guise, de construire quelque chose.
Qu’aimez-vous faire lorsque vous n’écrivez pas?
Je suis sportif, j’adore bouger mon corps, cela me procure de bonnes sensations. L’été en Corse, je marche avec des amis de mon âge, des intimes, nous avançons à notre rythme, nous avons délaissé la compétition, aussi nous grimpons sur les chemins escarpés pour le plaisir de la balade, de la découverte, du panorama et de l’échange. L’amitié nous pousse à recommencer tant que nos corps nous le permettent.
Qu’aimeriez-vous que le lecteur emporte avec lui après avoir refermé « Avant l’Orage » ?
Le sentiment d’avoir passé un bon moment. Rien de plus satisfaisant pour un auteur d’entendre un lecteur lui dire qu’il a pris du plaisir à lire son livre

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