Deborah Lombardo : La danse comme langage

« La musique est faite pour la danse 
La danse est faite pour la musique 
Ce lien est universel. 
La musique fait oublier les tracas
Chasse nos pensées, nous aide 
Autant que la danse, le mouvement, l’expression »

Deborah Lombardo

Danseuse interprète, chorégraphe, professeur de danse ; elle est aussi co-directrice de la Compagnie Bal’dilà, avec Mathéa Raffini, qu’elles ont créée en 2021 autour d’une première création intitulée, « Körper Körper ». Toutes deux mues par la volonté de participer au développement de l’art chorégraphique en Corse, Deborah Lombardo Delsol vogue entre danse et théâtre qu’elle lie, à sa manière, comme deux arts complémentaires et hospitaliers.

Par Laura Benedetti

Originaire d’Ajaccio, le parcours de cette femme de 35 ans est dense en formation et en expérience. Deborah l’a amorcé en intégrant la Compagnie du Jeune Ballet Corse, une formation encadrée à l’époque par Patricia Portal. Elle poursuit son parcours orienté scène à Montpellier, à l’Epsedanse ; puis à Paris au CND de Pantin où elle obtient son diplôme de professeur de danse. Au cours de ces années de formation, elle collabore avec différents chorégraphes – Maguy Martin, Carolyn Carlson, Claude Brumachon et Benjamin Lamarche, Yann Lheureux – et enchaîne les auditions – Batsheva en Israël, Pietragalla…– Le théâtre vient s’immiscer peu à peu du Jeune Ballet Corse aux côtés de Paul Grenier puis au Théâtre Elizabeth Czerczuk à Paris.

« La danse est entrée dans ma vie très tôt, dès l’âge de quatre ans. Sans vraiment y réfléchir, je dansais dans des clubs à Ajaccio. C’était instinctif, presque vital. À treize ans, en intégrant le Jeune Ballet Corse, j’ai pris conscience que si je voulais en faire mon métier, mon corps devait se construire. C’est à ce moment-là que j’ai fait le choix d’une formation plus rigoureuse, en danse classique et contemporaine. Cette construction m’a ensuite permis de tout déconstruire, pour inventer ma propre danse, nourrie de mon vécu, de mes solos et de mes créations, arrivés plus tard. Aujourd’hui, ma danse se rapproche beaucoup du théâtre. J’éprouve de plus en plus le besoin de lier ces deux arts, qui me semblent profondément complémentaires. Partir de sujets intimes, donner corps à l’émotion : l’expression corporelle est devenue ma force. »

Bal’Dilà

« La danse est devenue mon métier, mais elle est avant tout un langage », c’est ainsi que Deborah appréhende cet art, qu’elle s’est pleinement appropriée, notamment en fondant la Compagnie. Avant de poursuivre, comment vibre la danse en elle : « C’est le témoin de tout ce que je ne parviens pas toujours à dire avec des mots, de ce qui peut parfois ne pas être compris. À travers elle, j’exprime des émotions, des questions, des états intérieurs qui trouvent difficilement leur place ailleurs.

La danse m’a aussi permis de faire société, de créer du lien quand les mots ne suffisaient pas. Mon corps est mon outil principal : tout passe par lui, il porte mon histoire, mes silences, mes élans. C’est par le mouvement que je me rends présente au monde. »

Collaborant régulièrement avec d’autres artistes afin de produire des projets pluridisciplinaires, la Compagnie a pour ambition de favoriser le dialogue entre la danse et les différentes expressions artistiques contemporaines. Entre créations originales et performances variées, Bal’Dilàpropose régulièrement des évènements significatifs portés par un fort désir d’établir un pont culturel entre l’île et son au-delà. Depuis 2024, la Compagnie est Artistes associées à la Fabrique de Théâtre – site de création européen.

« Notre compagnie s’inscrit dans le paysage artistique corse comme un espace de création profondément lié au territoire, aux histoires et aux enjeux de l’île, tout en cherchant à les faire résonner de manière contemporaine. », nous livre Deborah. De multiples artistes collaborent avec la compagnie pour différents projets, autant des comédiens que des musiciens. Ses influences sont multiples mais restent surtout le mélange des deux co-créatrices, deux personnalités étroitement complémentaires, qui peuvent évoluées autour des arts martiaux, du théâtre comme de grands textes littéraires.

Le 9 janvier, la Compagnie se produit à l’Aghja à Ajaccio, pour sa deuxième pièce chorégraphique. Plus tard, elle se reproduira à Cargese, le 28 mai. Cette création, « La danse d’après », est un projet de danse contemporaine qui vise à offrir une exploration du patrimoine dansé corse. Elle réunit en scène 5 artistes chorégraphiques, un compositeur de musique électronique et une violoniste. Chaque pas, chaque geste, devient invocation, célébration du cycle de la vie, du mystère du sacré, du combat entre lumière et obscurité. Dans ces mouvements répétés, le passé s’entrelace au présent, comme dans un rêve ancien qui refait surface. Tous vêtus de robes sombres, longues et imposantes, les interprètes semblent pris dans une spirale qui se déroule vers l’infini et s’enroule vers l’origine du mouvement, tentant de s’en extraire pour sans cesse y revenir. Bal’Dilà projette ici, une forme nouvelle de mouvement à travers un langage qui mêle corps, voix. Et, son cœur.

compagniebaldila.com

@compagniebaldila

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