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A la une : Realpolitik corse

A quelques semaines des élections territoriales, les évènements catalans pourraient bien changer quelques paramètres dans la campagne mais aussi peser sur les choix politiques des candidats comme des électeurs.

Par Vincent de Bernardi

La réaction de l’Etat espagnol, les hésitations des indépendantistes, les ultimatums lancés de part et d’autres ne peuvent laisser indifférents les protagonistes de la campagne ni le Gouvernement d’Edouard Philippe.

Entre Barcelone et Madrid, c’est bel et bien un bras de fer qui s’est engagé. Les catalans brandissent la menace d’une campagne de désobéissance civile tandis que le pouvoir central entend mettre sous tutelle la Generalitat.

Cette crise que l’Europe observe presque passivement, a incontestablement des répercussions dans de nombreuses régions où les mouvements séparatistes prospèrent. C’est le cas en Ecosse, où un premier référendum d’indépendance a été organisé en septembre 2014 (le non l’avait emporté avec 55 % des voix), et en Flandre, où les tensions sont vives avec le Royaume de Belgique. On ne peut oublier le Pays basque espagnol, car même si les velléités d’indépendance se sont affaiblies ces dernières années, la région garde un fort potentiel de régionalisme. En Europe centrale et de l’Est, s’il existe bien quelques mouvements en Bulgarie et en Roumanie, ils n’ont jamais réussi à avoir autant d’audiences que les indépendantistes catalans ou que le Scottish national party.

 

Le retour des Jacobins

En France, c’est bien-sûr la Corse où le régionalisme et le nationalisme sont les plus structurés, qui pourrait connaître une situation similaire. Or, depuis le scrutin catalan et le début de cette guerre des nerfs entre le pouvoir madrilène et les indépendantistes catalans, les élus nationalistes en Corse semblent avoir revu leur stratégie.

La revendication de l’autodétermination esquissée à grand trait au début du mois de septembre par des représentants de l’actuelle majorité à la CTC, a laissé place mi-octobre à un discours plus nuancé et à une demande d’une large autonomie sur laquelle les Corses devront pouvoir se prononcer. Est-ce l’approche des élections territoriales ou les enseignements tirés du cas catalans qui sont à l’origine de cette évolution ? Sans doute un peu les deux ! La position de l’exécutif insulaire, à l’unisson des autres régions de France après l’annonce par le Premier ministre de la suppression du fonds de 450 millions d’Euros destinés à financer les nouvelles compétences économiques est également symptomatique. Alors même que la Corse est marginalement impactée par cette suppression, la CTC a voulu afficher sa solidarité avec les autres régions, dénonçant le retour de l’Etat jacobin, foulant au pied les attentes d’une décentralisation plus poussée.

La thèse de l’économiste Laurent Davezies, enseignant au CNAM éclaire d’une certaine manière, ces évolutions dans l’intensité, voire la nature et le calendrier des revendications. Dans son ouvrage « Le nouvel égoïsme territorial » paru en 2015, il décrit le malaise grandissant entre les territoires et les nations et explique qu’aux anciennes aspirations identitaires s’agrègent désormais des causes économiques. En clair, l’aspiration à l’indépendance serait désormais le fait des régions riches qui ne veulent plus jouer le jeu de la nation aux côté des régions pauvres.

 

Les riches et les pauvres

Autrement dit, quand on est pauvre, on se contente du système de redistribution des richesses. Or, ce système qui visait à la cohésion entre les territoires, est à bout de souffle. Les réductions budgétaires étranglent les pauvres et mécontentent les riches. Dans cette situation, il n’est guère étonnant de voir prospérer tout type de populismes. De son côté Romain Pasquier, directeur de recherche au CNRS  conteste le fait que seules les régions riches peuvent revendiquer et accéder à l’indépendance, sinon l’Ile-de-France ou le Grand Londres seraient indépendants depuis longtemps. Leurs habitants ne considèrent pas avoir un destin séparé du reste de l’Etat dont ils font partie. « Aux riches le luxe de l’indépendance, aux pauvres la consolation de l’autonomie ». Cette approche caricaturale résumerait-elle une réalité observée en Europe ? Sans doute pas. Au-delà des revendications culturelles, linguistiques, il y a bel et bien une réalité politique qui s’impose à tous ceux qui défendent un idéal.

 


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