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EDITO

Le sondage oublié

Par Jean Poletti

L’actuelle présidentielle est un mauvais scénario aux multiples rebondissements. C’est un peu comme à la Samaritaine, tous les jours il se passe quelque chose ! Triste  vision aurait dit l’anthropologue  Lévi-Strauss.  Les exégètes de tous bords assaillent les plateaux  de télévision pour livrer leurs analyses aussitôt démenties par les faits.  Dans une bataille interne la droite a sorti les couteaux mais les Brutus au petit pied n’osèrent pas décapiter le César des primaires.  Et après une surréaliste guerre des tranchées tous jouèrent le final d’embrassons-nous Folleville. Mélenchon et Hamon, s’ignorant superbement,  s’échinent dans une guerre de tranchées, alors qu’ensemble la  qualification  eut été à portée de bulletin.

La campagne est atone. Au-delà du Pénélopegate  et des emplois fantômes,  c’est le  rendez-vous démocratique et citoyen  qui est fictif. Le peuple  se fait voler cet instant à cause des écuries d’Augias  qui ne furent jamais nettoyées. Sa riposte risque d’être foudroyante. Les deux partis dits de gouvernement  tentent de s’accrocher à d’éventuelles bouées de sauvetage après avoir eux-mêmes brûlé leurs vaisseaux.

Un tombereau d’enquêtes noie l’opinion sous des indications, qui fluctuent au gré de la volatilité des personnes interrogées.   On se croirait  à une course hippique, ou nul ne sait vraiment qui est  vraiment outsider et indétrônable favori.   Mais  il existe un sondage publié  en son temps ou  la qualité première d’un candidat était l’honnêteté !   Voilà qui a contrario indique  la perception du peuple et de ses représentants.  L’électeur  ne recherche plus chez  l’édile  sa capacité à gouverner. Le talent ou la doctrine.  Mais simplement  d’être intègre. Cela n’indique-t-il pas dans l’inconscient collectif qu’un mandat électoral a trop souvent comme corollaire prébendes petits arrangements avec  l’argent public. Et en incidence ignorance de l’éthique et de la morale ?

En poussant plus avant l’explication cela ne signifie-t-il pas que le peuple a l’impression diffuse de l’établissement d’une caste Républicaine, une sorte d’entre soi, constituant  une aristocratie élective qui n’a que faire des contingences  démocratiques et des récriminations du peuple qu’elle  jure pourtant de servir.

Voilà sans doute la véritable cassure  entre la société civile et ceux qui sont censés la représenter.  La fracture  s’élargit au gré des révélations. Elle est d’autant plus insupportable que  certains profiteurs du système  bâtissent leur carrière sur une image de droiture, et de probité.

Le bon sens populaire, dans sa suprême sagesse  ne se laisse plus gruger  par  ces faux guides qui confondent allègrement  délinquance en col blanc et mission régalienne.  La pratique fut courante durant des lustres  disent ceux qui se font prendre les doigts dans le pot de confiture.  Piètre excuse.  D’autres persistent dans une dénégation aveugle au prétexte  qu’ils ne firent rien d’illégal.

La France, toute honte bue,  se pare des atours d’une République bananière. La patrie de Droits de l’homme et des lumières  atteint dans cette course Elyséenne un point de non-retour.

Plutôt que de pousser des cris d’orfraie  sur le danger  extrémiste et populiste, mieux vaudrait s’interroger sur les causes qui fondent un tel  péril.  Une véritable autocritique sociétale s’impose. Nul ne doit plus être témoin passif mais acteur  concerné pour  redonner au triptyque Liberté, Egalité, Fraternité  une nouvelle vigueur.

La Corse, à son modeste niveau doit aussi être partie prenante de ce renouveau.   Elle doit en finir avec ces rentiers  du scrutin, ces carrières dont la vacuité n’a d’égale que la longévité. A pulitichella montre chez nous aussi ses limites.  Elle craquelle,  laissant apparaitre  une nouvelle génération  qui transcende les clivages.

Il aura suffi de dix minutes à Alain Juppé pour poser un diagnostic cruel  mais vrai de l’actuelle classe politique.  Il est encore temps de s’en inspirer.


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