Portrait : Tony Comiti

À titre de témoin

 Guidé par son instinct et sa curiosité, il a, durant de nombreuses années, parcouru le monde avec passion, dans le seul but d’informer, ne craignant pas d’arpenter les zones de conflit et les terrains à risque pour rapporter l’Histoire et la raconter le plus justement possible. Aujourd’hui à la tête de sa propre agence de presse, il continue, d’une autre façon, sa narration. 

Par Karine Casalta

Tony Comiti portrait Tony Comiti fait ses premiers pas professionnels à la fin des années 60 au labo photo de France-Soir. Il a tout juste dix-sept ans et peu d’intérêt pour les études. Mais il se passionne déjà pour l’image et l’information. Un goût développé très tôt au contact des journalistes qui fréquentent l’appartement familial. En effet son père, Paul Comiti, est le chef de la sécurité du général de Gaulle et gère à ce titre les relations de ce dernier avec la presse. D’origine corse, ayant quitté son île natale pour entrer en résistance à ses côtés, il est également à l’origine de la création du Service d’Action Civique. Incontournable pour entrer en contact avec le Général, il a noué au fil du temps quelques amitiés dans le milieu journalistique. Quand il avait dix ans, Tony s‘est ainsi vu offrir son premier appareil photo par Georges Ménager, grand reporter à Paris Match.

Autodidacte de talent

Guerre du Vietnam, Printemps de Prague, mouvements étudiants en France… la fin des années 60 est riche en événement et les nombreuses photos circulent avec un réel impact politique et sociétal. Mesurant ce pouvoir des images et désireux de témoigner de l’actualité, Tony Comiti s’engage alors dans le photojournalisme. À l’issue de son service militaire, à vingt-et-un ans à peine, il est embauché au journal Détective « une véritable école du fait divers, c’est là que j’ai appris à pousser les portes et à raconter les histoires », où il obtient sa première carte de presse.

Mais c’est véritablement en rejoignant l’agence Sipa Presse, un an plus tard, qu’il apprendra son métier sur le terrain, auprès de Gökşin Sipahioğlu, grand photoreporter qui la dirige. Ce dernier l’enverra notamment en 1973 couvrir le putsch militaire au Chili. Un premier grand reportage et un premier grand scoop qui lui vaudront d’être expulsé manu militari du pays, après être parvenu à s’introduire dans le stade où l’armée retient les prisonniers qui pour la plupart seront exécutés. Il en ramènera des clichés qui feront le tour du monde.

Curieux du monde

Couvrant par la suite en tant que photographe indépendant les nombreux événements qui agitent à l’époque l’Amérique du Sud – la révolution au Nicaragua, la guérilla en Colombie, les coups d’état en Bolivie et au Venezuela, ou encore la guerre civile au Salvador – il devient correspondant pour de grands médias nationaux, et va s’intéresser durant la même période aux filières de la cocaïne.

Une collaboration avec les équipes de TF1 à l’occasion d’un reportage au Salvador dévoile son talent pour le maniement de la caméra. C’est ainsi qu’en 1976, il intègre la chaîne publique comme grand reporter caméraman. Il y restera dix-sept ans, envoyé d’un bout à l’autre de la planète, pour coller au plus près de l’actualité et alimenter en images les JT et les principaux magazines d’informations de la chaîne, plus d’une fois au péril de sa vie.

Durant toutes ces années, son instinct et sa pugnacité lui vaudront aussi de nombreux scoops qui viendront ponctuer sa carrière. De Jacques Mesrine, en promenade dans le quartier de haute sécurité de la prison de la Santé, à sa rencontre avec Pablo Escobar lors d’une enquête sur le cartel de Medellín, ses clichés marquent encore l’histoire de la presse.

En 1993, sentant le temps venu d’arrêter le terrain, il crée « Tony Comiti Productions » sa propre agence de presse TV. Il y met depuis son expérience et son savoir-faire au service de ses équipes. Producteur de documentaires et de reportages d’actualité pour les chaînes françaises et étrangères, les images continuent néanmoins toujours de jalonner son parcours.

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